CONTRIBUTION DE M. Louis-Marie PANDZOU à Chronique
Africa 2009
Brazzaville- 2007
Thème : Le Congo se dote d’une liste indicative.
Il s'est tenu à
Brazzaville du 06 au 07 septembre 2007, un séminaire de validation des biens
que le Congo a l'intention d'inscrire sur sa Liste indicative.
Organisé par la
Ministère de la Culture et des Arts, avec l'appui financier et pédagogique du
Centre du Patrimoine Mondial, ce séminaire a été honoré par la présence de
Madame Nilda Beatriz Anglarill, représentante de l'Unesco en République du
Congo et de celle d'un facilitateur du Projet Central Africa World Heritage
Forest Initiative ou Initiative pour le patrimoine mondial forestier de
l'Afrique centrale (CAWHFI).
Le séminaire
réunit des professionnels du patrimoine relevant des différentes structures :
culture et arts, urbanisme et habitat, économie forestière, tourisme et
environnement, travaux publics, université Marien Ngouabi et des associations
amies du patrimoine telles que l'Association pour la promotion des langues
africaines (APROLAF), l'Association Congo-culture, etc.
Ce séminaire a été
marqué par trois moments forts :
-
Une phase
théorique a apporté un éclairage sur les critères d'inscription d'un bien sur
la Liste Indicative nationale. Ensuite des communications, suivies de débats,
ont été faites sur les thèmes ci-après : les objectifs de la Convention du
patrimoine mondial culturel et naturel ; le Projet CAWHFI; le patrimoine
culturel et naturel du Congo; le cadre juridique de protection du patrimoine
culturel et naturel du Congo.
-
Une phase pratique
a permis aux participants d'élaborer, à la lumière de l'éclairage apporté par
les communicateurs dans la phase théorique, des fiches techniques des biens que
le Congo se propose d'inscrire sur sa Liste indicative.
Les travaux en
plénière ont abouti à la sélection définitive des biens culturels (Domaine
royal de Mbé, ancien port d'embarquement des esclaves de Loango) et naturels
(Parc national de Conkouati-Douli, Parc national Nouabalé-Ndoki; Parc national
d'Odzala-Kokoua).
Ce séminaire a, en
outre, permis aux uns et autres de réaliser que si une Liste Indicative marque
une avancée significative pour le Congo, elle n'est pas un acquis pour le
classement de ces biens sur la Liste du patrimoine.
Elle enclenche
plutôt un processus qui nécessite pour son aboutissement, en dehors des ressources
humaines et financières, l'implication et la synergie entre :
-
les ministères
concernés dans la gestion et la mise en valeur du patrimoine culturel et
immobilier ;
-
les autorités
locales et régionales ;
-
les communautés
locales ;
-
les ONG et associations
;
-
les universitaires
et les autres partenaires intéressés.
Puissent l'ICCROM,
le Centre du Patrimoine Mondial de l'Unesco et tous leurs partenaires trouver
ici les remerciements du Ministère de la Culture et des Arts du Congo pour
l'intérêt et le soutien qu'ils apportent à nos pays pour la protection et la
mise en valeur du patrimoine culturel.
Louis-Marie
PANDZOU, Chargé de la communication et des relations publiques, Musée national
Tél :
(+242) 05 538 20 64 / 04 435 11 72, Congo-Brazzaville
Télécharger le numéro 8 de la revue Chronique
Africa 2009, dont est extrait cet article.
40ème ANNIVERSAIRE DE LA CONVENTION DU
PATRIMOINE MONDIAL
CONFERENCE
INTERNATIONALE (Afrique du Sud ; 26-29 Septembre 2011)
Thème : Vivre avec le patrimoine mondial en Afrique
Sous- thème proposé : Patrimoine mondial et
communautés locales (Programmes éducatifs en faveur des communautés)
Titre du document : Communiquer pour susciter un
engouement pour le patrimoine culturel
et le développement ou l’épanouissement des communautés locales.
Nom et affiliation de l’auteur :
Louis-Marie
PANDZOU
Médiateur culturel
Chargé de la communication
Musée Mâ Loango de Diosso
Pointe-Noire, Congo
Tél : (+242) 05 538 20 64 / 04 435 11 72
Médiateur culturel
Chargé de la communication
Musée Mâ Loango de Diosso
Pointe-Noire, Congo
Tél : (+242) 05 538 20 64 / 04 435 11 72
Web :
http://h2ogabon.blogspot.fr/p/activites-culturelles.html
Email : pandzoulouis@gmail.com ou louis_marie_pandzou@yahoo.fr
http://h2ogabon.blogspot.fr/p/activites-culturelles.html
Email : pandzoulouis@gmail.com ou louis_marie_pandzou@yahoo.fr
Plan de la communication :
- Introduction
- Bref aperçu historique sur le Royaume
de Loango et ses deux villes phares « Diosso » et
« Loango »
- Déclin de Diosso et de Loango au profit
de Pointe-Noire
- Opportunités touristiques de Diosso et
Loango
- Initiatives prises dans le cadre de
l’éducation au Patrimoine
- Conclusion
INTRODUCTION
Le patrimoine culturel peut-être un véritable moteur du développement
pour un Pays, en général, et de façon particulière, pour les communautés
locales qui en sont dépositaires.
Mais, pour ce faire, il faut que ces communautés en aient conscience et
qu’elles se rendent compte des opportunités
qu’offre le bien culturel avec lequel elles vivent.
L’un des moyens qui, à nos yeux,
semble être le plus efficace pour susciter l’éveil de conscience des
communautés locales est : « la communication, l’information et
l’éducation au patrimoine ».
Nous allons tenter de le montrer dans notre propos.
Dans notre communication, nous nous proposons de montrer que les
initiatives prises par le Musée Mâ Loango de Diosso en matière de communication
attestent bien d’une volonté de susciter l’intérêt des communautés locales pour
le patrimoine culturel et de les impliquer dans sa conservation, sa diffusion
et sa valorisation.
Pour ce faire, notre contribution s’articulera autour des axes
suivants :
-
Bref
aperçu historique sur le Royaume de Loango et ses deux villes phares
« Diosso » et « Loango »
-
Déclin de
Diosso et de Loango au profit de Pointe-Noire
-
Opportunités
touristiques de Diosso et Loango
-
Initiatives
prises dans le cadre de l’éducation au Patrimoine
-
Conclusion
I/- BREF APERCU HISTORIQUE SUR LE ROYAUME DE LOANGO ET SES DEUX
VILLES PHARES « DIOSSO » ET « LOANGO »
On ne peut pas parler de Loango et Diosso sans évoquer le Royaume de
Loango auquel ces deux agglomérations appartenaient.
En effet, c’est vers 1490- après avoir découvert l’embouchure du fleuve
Congo en 1482 et le grand Royaume Kongo en 1484- que les Portugais découvrent
la baie de Loango (ancien Port du Royaume).
Vassal du grand Royaume Kongo, le Royaume de Loango devient indépendant
et s’affranchit du Royaume Kongo auquel il versait autrefois un tribut en 1587.
Le Royaume de Loango était situé à l’ouest de l’Afrique centrale et
s’étendait, à son apogée, du nord au sud du Cap Lopez (actuel Port Gentil au
sud du Gabon) jusqu’à l’embouchure du fleuve Congo.
En direction de l’est, il se prolongeait au-delà du massif du Mayombe.
Le Royaume de Loango était divisé en sept provinces qui sont : Loandjili,
Mpili, Tchilunga, Ngokanu, Yombe, Nkugni-mbanza et Ngokango.
Le Mâ Loango (Roi de Loango) exerçait une autorité sur les sept
provinces. C’est ce qu’illustre le proverbe vili suivant : « Likanda
li koko lisimba mbota sambwali » (la paume de la main qui tient sept
étoiles).
Entre le XVème et le XVI ème siècle, le Royaume de Loango est une entité
pluriethnique. Il est peuplé des ethnies suivantes :
-
les Yombe,
les Kugni, les Vili (du groupe linguistique Kongo)
-
le Lumbu
(du groupe linguistique Echira).
A côté de ces ethnies, on trouve aussi la présence des pygmées
« Bongo » dont l’influence est loin d’être négligeable.
Diosso, ou Bwali (« deux », en langue locale) est la capitale
du Royaume.
En fait, de la même façon que Rome fut fondée par deux jumeaux
« Romulus et Rémus », de cette même façon « Diosso » qui
vient de « dios » (« deux » en langue espagnole) a été
fondée par deux hommes.
Loango était le centre administratif et économique du Royaume, un
carrefour commercial important en tant que point de départ et d’aboutissement
d’itinéraires multiples, desservant une grande partie de l’Afrique
centrale ; vers l’intérieur du Royaume et des royaumes voisins par la
piste des caravanes, de Loango à Brazzaville ; vers le sud-est en
direction de Sao Salvador jusqu’à Matamba, vers le sud jusqu’à Luanda, et vers
le nord en direction de Mayumba et de l’actuel Gabon.
Le Port de Loango était ainsi le carrefour de tous les esclaves
originaires d’une partie du Golfe de Guinée : plus de deux millions
d’esclaves ont transité par le site de Loango.
La piste des caravanes reliait Bwali ou Diosso au Port de Brazzaville.
Au Port de Loango se concentraient les hangars et les magasins.
Deux débarcadères permettaient d’accoster et de décharger les passagers
et les marchandises ; l’un était réservé à l’administration, l’autre aux
entreprises privées.
Loango formait une agglomération dynamique qui s’efforçait de répondre
aux besoins des échanges commerciaux.
Un centre administratif y était installé avec un bureau des douanes, un
tribunal, une gendarmerie, un centre postal, un hôpital et une mission
catholique.
II/- DECLIN DE DIOSSO ET LOANGO AU PROFIT DE
POINTE-NOIRE
Le commerce se développant, très vite il apparut qu’à cause d’une trop
faible profondeur, la baie de Loango ne permettait plus aux navires de tonnages
importants d’accoster.
Ces derniers devaient attendre à trente kilomètres de la rive. Une
navette était organisée à l’aide d’embarcations à faible tirant d’eau,
comprenant des pirogues indigènes. Mais, les pertes et les « bains
forcés » étaient nombreux.
La piste des caravanes avait aussi montré ses limites.
A partir de 1897, le trafic des marchandises passait par le Congo belge
et empruntait le chemin de fer de Léopoldville (actuel Kinshasa) jusqu’à
Matadi.
C’est le début du déclin du Port de Loango, de Diosso la capitale et de
tout le Royaume de Loango.
Déclin progressif, mais qui s’accélère lorsque l’Administration
coloniale décidera la création d’un port à « Punta Negra » et surtout
la construction du chemin de fer « Congo Océan » dont les études
préféreront le site de « Punta Negra » à celui de Loango, parce qu’il
donnait pour le chemin de fer la longueur minimum et parce que son emplacement
se prêtait à la construction d’un port en eau profonde.
- Le 13 juillet 1914, une loi était votée autorisant la construction du chemin de fer et du Port de Pointe-Noire.
- En 1921, la construction de la voie ferrée Congo Océan est entreprise par le Gouverneur Victor Augagneur.
- Le 12 mai 1922, un décret désigne Pointe-Noire, terminus du chemin de fer Congo Océan (CFCO).
Au cours de cette même année, on édifia des paillotes destinées aux
services administratifs, aux logements des agents du chemin de fer, aux
magasins et aux ateliers.
Après quoi, il a fallu de grandes opérations d’assainissement et de
remblaiement à l’aide des matériaux (du sable, notamment) prélevés lors des
travaux de dragage de la baie pour sortir d’un vaste marécage, peu urbanisable
et difficile à aménager « Ponton la Belle » cette ville qui, depuis
quatre-vingt-dix ans après, n’a cessé de s’étendre et de se développer avec la
réalisation des grandes infrastructures, de l’industrialisation constante et de
l’activité pétrolière.
Aujourd’hui à Pointe-Noire, c’est la course effrénée à la conquête de
l’espace et une véritable fièvre de construction.
Quoi de plus normal qu’un livre intitulé « Sur la ville de
Pointe-Noire » conçoive comme devise des armoiries de
Pointe-Noire : « Labor omnia improbus vincit » (Un
travail opiniâtre vient toujours à bout de tout).
III/- OPPORTUNITES TOURISTIQUES DE LOANGO ET DIOSSO
Loango et Diosso sont retournés à leur passé ; mais cette fois-ci,
un passé non glorieux.
En dehors de la mission catholique de Loango, plus rien ne rappelle le
passé glorieux de ces deux agglomérations.
Elles sont franchement à ce jour à cent lieues du niveau de
développement de la capitale économique « Ponton la belle ». Pour
parler plus simplement, on dira qu’elles sont restées à l’étape des villages
dépendant presque totalement de Pointe-Noire, et encore à la traîne pour ce qui
est de leur développement.
Pourtant, ces deux localités ne manquent d’arguments, d’atouts ou de
potentialités touristiques à même d’en constituer un véritable levier de
développement.
Nous pouvons citer par exemple :
-
le Musée
Mâ Loango de Diosso ;
-
les Gorges
naturelles de Diosso ;
-
la Réserve
naturelle de Conkouati- Douli ;
-
la piste
des esclaves et l’ancien Port d’embarquement des esclaves ;
-
le
Sanctuaire de Tchimpounga, site culturel et naturel où l’on élève des
chimpanzés ;
-
le
Mausolée Mâ Loango Moe Poaty III ;
-
le Pont du
Bas Kouilou,,lieu de rassemblement des esclaves en provenance de Mayumba afin
d’être acheminés au Port de Loango ;
-
la Pointe
Indienne ;
-
le Lac Youbi …. et bien d’autres sites encore.
Malheureusement, ces sites ne sont pas valorisés à cause de l’ignorance
des communautés locales.
On peut même dire que les communautés locales sont comme assises sur du
trésor culturel dont elles ne profitent parce qu’elles n’en connaissent pas
l’importance.
IV/- INITIATIVES PRISES DANS LE CADRE DE L’EDUCATION AU PATRIMOINE
Constatant cet état de choses, le Musée Mâ Loango de Diosso par le
truchement de son service de communication a pensé mener des actions de deux
ordres :
- Des passages à la Radio « la Voix de l’Orthodoxie » (RVO), une chaîne privée de la place, au cours de l’émission « Découvertes » tous les mercredis de 19h 30 à 20h 30 ;
- Des exposés débats dans les établissements scolaires autour des sujets qui touchent au patrimoine culturel ;
- Des contacts ont été pris avec le Centre culturel « Jean-Baptiste TATI LOUTARD » pour que tout prochainement des conférences soient animées (à une fréquence dont il faudra se convenir) en direction du public tant national qu’expatrié autour des thèmes touchant à n’importe du patrimoine aussi bien tangible qu’intangible.
- Un site a été créé pour donner de la visibilité tant sur le plan national qu’international au Musée. C’est le site :
Toutes actions visent à :
- Susciter l’intérêt et l’engouement des communautés locales pour le patrimoine culturel ;
- Contribuer à leur éveil culturel et leur épanouissement.
V/- CONCLUSION
Le combat pour la conservation, la promotion et la valorisation du
patrimoine culturel n’est pas aisé. Certains acteurs ne sont pas faciles à
mobiliser et résistent très souvent aux changements.
Mais, de notre point de vue, la mobilisation et l’implication de ces
acteurs passent par l’information, la communication et l’éducation au
Patrimoine.
Il est vrai qu’en la matière les choses avancent tout doucement au point
où on a l’impression de faire du sur place.
Mais, nous restons persuadés que, maintenant où certaines grandes
sociétés pétrolières de la place (telles que Total) commencent à s’investir
dans la construction d’un nouveau musée et pour la promotion du patrimoine
culturel, les choses vont bouger : « De la même façon qu’un
port a opéré le miracle de transformer un site marécageux en une grande ville,
de cette façon le patrimoine culturel contribuera à l’essor de Diosso et
Loango ».
CONFERENCE INTERNATIONALE, SOIMA 2015
(03-04 Septembre 2015, Bruxelles, Belgique)
Regarder, écouter et partager !
Site Web : http://soima2015.kikirpa.be/
(03-04 Septembre 2015, Bruxelles, Belgique)
Regarder, écouter et partager !
Site Web : http://soima2015.kikirpa.be/
Thème : Déverrouiller le patrimoine son et image
Titre
du document : Le numérique : pour
valoriser, promouvoir et éduquer sur le
patrimoine culturel (cas du Congo-Brazzaville).
Nom
et affiliation de l’auteur :
Louis-Marie PANDZOU
Médiateur culturel
Chargé de la communication
Musée Mâ Loango de Diosso
Pointe-Noire, Congo
Tél : (+242) 05 538 20 64 / (+242)
06 693 77 52 / (+242) 04 435 11 72
http://h2ogabon.blogspot.fr/p/activites-culturelles.html
Email : pandzoulouis@gmail.com ou louis_marie_pandzou@yahoo.fr
Email : pandzoulouis@gmail.com ou louis_marie_pandzou@yahoo.fr
Résumé
de ma communication :
Le Congo, mon
Pays, n’est pas seulement riche de son pétrole, mais aussi de son patrimoine
culturel divers et varié. Mais malheureusement, ce patrimoine n'est pas
toujours bien connu ou mieux les gens n'ont pas conscience de son importance.
En outre, les traditions congolaises sont essentiellement orales et se
transmettent de bouche à oreille.
Conscients du risque de perte de ce riche
trésor culturel avec la mort ou la disparition de ces « bibliothèque
vivantes » que sont nos vieillards, les acteurs impliqués dans la
conservation de ce patrimoine s’efforcent de saisir toutes les opportunités qui
s’offrent à eux pour que ne disparaissent pas pour la postérité des grands pans
de notre histoire et de notre culture.
Ainsi, le
numérique représente-t-il une véritable chance pour le Congo dans la collecte
des données et la conservation du patrimoine culturel, la vulgarisation, la
promotion et l’éducation à ce patrimoine culturel. C’est ce que je vais tenter
de montrer dans ma communication qui s’articule autour des axes suivants :
- Introduction
- Bref aperçu sur le Congo et son
patrimoine culturel ;
- Profits du numérique dans l’éclosion
des talents artistiques (cas des artistes musiciens au Congo) ;
- Initiatives prises pour la
conservation du patrimoine dans l’utilisation du numérique ;
- Difficultés et problèmes
rencontrés ;
- Perspectives
INTRODUCTION
Il n’est un
secret pour personne que le patrimoine culturel congolais court de gros risques
de se perdre pour la postérité. Si des mesures initiatives concrètes de
conservation ne sont pas entreprises à temps, si le Congolais ne fait
qu’observer passivement cet état des choses en continuant de se morfondre, plus
aucune trace de sa culture ne pour ses arrière-petits enfants. Il nous faut
donc agir. Et, le numérique est une chance providentielle et une opportunité
que nous nous devons de saisir pour sauver notre trésor culturel de sa
disparition. Il nous permet, en effet, de sauvegarder, de diffuser, de
promouvoir et d’éduquer
C’est ce qui fait
l’objet de ma communication ; laquelle communication s’articulera autour
des axes suivants :
- Bref aperçu sur le Congo et son
patrimoine culturel ;
- Profits du numérique dans l’éclosion des
talents artistiques (cas des artistes musiciens au Congo) ;
- Initiatives prises pour la
conservation du patrimoine dans l’utilisation du numérique ;
- Difficultés et problèmes
rencontrés ;
- Perspectives
I/- BREF APERCU SUR LE CONGO
1-
Situation géographique, administrative et linguistique
du Congo
Situé au cœur
de l’Afrique, la République du Congo s’étend sur 342.000 km2 ; pour une
population d’environ 3.800.000 habitants.
Il est limité
au nord par le Cameroun et la République centrafricaine, au sud par l’Angola et
la République démocratique du Congo, à l’est par le Gabon et à l’ouest par
l’Océan atlantique. Sa capitale, Brazzaville, est baignée par le fleuve Congo,
le plus puissant fleuve du monde après l’Amazonie. Ce qui constitue la
frontière naturelle entre Brazzaville et Kinshasa, et fait de ces deux
capitales les villes les plus rapprochées du monde.
Le Congo
possède douze départements qui sont : le Kouilou, Pointe-Noire (qui est aussi
la capitale économique du Congo), le Niari, la Bouenza, la Lékoumou, le Pool,
Brazzaville, les Plateaux, la Cuvette, la Cuvette-ouest, la Sangha et la
Likouala.
Ce pays a
près de quatre-vingts (80) ethnies qui peuvent être regroupées en huit (08) grands
groupes ethniques, particulièrement : Kongo, Téké, Mbochi (ou Mbosi),
Echira, Kota, Oubanguiens, Sangha et Mekèe.
A ces groupes
ethniques bantu s’ajoutent les pygmées, encore appelés « populations
autochtones ».
Les langues
nationales du Congo sont ;
-
le kituba ou munukutuba
(essentiellement parlé le long de la ligne de chemin de fer Congo-Océan qui
relie Brazzaville
à Pointe-Noire, dans la partie Sud du pays.
-
le lingala (langue du fleuve, beaucoup
plus parlé dans le Nord et l'Est du pays.).
La langue
officielle est le français ; langue pédagogique par excellence et par
conséquent langue de l’élite congolaise.
2-
Patrimoine culturel du Congo
A)- Le Patrimoine
culturel matériel ou tangible
A1)- Le Patrimoine forestier
La forêt couvre une grande partie du territoire
national et abrite une grande diversité de mammifères, d’oiseaux à valeur
mondiale ; sans compter les poissons, insectes et reptiles.
Au nombre des mammifères, on peut citer : le
chimpanzé d’Afrique, le gorille, l’éléphant, le porc et le buffle de la forêt,
le chevrotain aquatique, le léopard, le chacal, la mangouste, le porc-épic,
l’aulacode, l’écureuil, le chat sauvage, la civette, le pangolin, le rat
palmiste…
L’avifaune comprend une variété d’oiseaux tels
que : l’aigle, le faucon, le hibou, le colibri, le tisserand, le perroquet
et la perruche, la pintade…
La forêt regorge aussi d’une grande diversité
d’espèces végétales, telles que : l’acajou, l’okoumé, le limba …
A ces espèces végétales citées à titre indicatif, on
peut ajouter bien d’autres plantes qui servent à : la construction, à
la production du caoutchouc et de la glu, à l’habitat, à l’alimentation, à
la boisson…
A2)- Le patrimoine mobilier
Il est constitué de tous les objets
déplaçables qui sont conservés dans les différents musées du Congo. Il s’agit de : outils de pêche (nasse, filet de pêche), outils de chasse (fusil, piège, grelot pour la chasse), outils de portage (hotte, gibecière…), outils aratoires (houes, couteau, hache…), sculptures de bois (masques), sculptures en pierre (nécropoles), outils de forge (soufflet, baguette,foyer à charbon), objets de culte (diable sec, mbumba, mianda, poupée magique, objets de danse (tambour, ceinture et bracelet de danse…), objets de communication (tambour à fente).
A3)- Le Patrimoine culturel immobilier
Il est
constitué :
- des sites (l’Ancien
port d’embarquement des esclaves de Loango, le Domaine royal de Mbé).
- des monuments
(la Basilique Sainte Anne, le bâtiment qui abrite le Centre de Formation et de
Recherche en Art Dramatique, le Monument Schœlcher, la Borne indiquant le
passage de la route des caravanes, la Gare ferroviaire de Brazzaville, le Monument de Brazza et ses compagnons, le
Monument Monseigneur Augouard, le Mont Ngankouolo ou « Ekoti ya
Monseigneur », les Chutes de Loufoulakari, le lac bleu.
- parcs et paysages
culturels (Parc national d’Odzala Kokoua, Parc national Nouabalé-Ndoki, Parc national
de Conkouati Douli, Sanctuaire des gorilles de Lessio-Louna).
Qu’il soit dit en
passant que le Congo compte à ce jour un site classé sur la Liste du
Patrimoine mondial (le Parc national Nouabalé-Ndoki, encore appelé
« Trinational de la Sangha ») et quatre sites inscrits sur la Liste
indicative du Congo (l’Ancien Port d’embarquement des esclaves de Loango, le
Domaine royal de Mbé, le Parc national de Conkouati-Douli et le Parc national
d’Odzala-Kokoua).
Le Congo dispose d’un véritable trésor culturel en matière de : proverbes (bingana), contes (bimpa ou bintsamu), danses (kébé-kébé et olé…), rites et cérémonies d’initiation (tchikumbi, nzobi, nkita, béka, savoir-faire dans le domaine de la pharmacopée traditionnelle, dans le domaine de l’artisanat, dans le domaine de la gastronomie…
3- Problématique
de la conservation du patrimoine
En ce qui concerne les sites, bon nombre
d’entre eux ne sont pas valorisés à cause de l’ignorance du commun des
Congolais. On peut même dire que les Congolais sont comme assis sur du trésor
culturel dont ils ne profitent pas parce qu’ils n’en connaissent pas
l’importance.Nos vieux qui sont dépositaires d’un riche savoir traditionnel n’ont pas la possibilité de transmettre le témoin à la jeunesse.
Du fait d’une exploitation abusive, beaucoup d’espèces de la faune et de la flore sont en train de disparaître. Seules une gestion participative et une implication de nos communautés permettraient de protéger nos forêts. Cela ne saurait être rendu possible si ces communautés n’ont pas une idée exacte, si elles ne connaissent pas les immenses potentialités dont regorgent nos forêts.
A l’école, le côté savoir traditionnel et pratiques culturelles est absent des programmes scolaires. Pire que cela, même dans les disciplines dites « exactes et pratiques » (telles que les sciences de la vie et de la terre, la chimie…), on inculque aux élèves des connaissances abstraites. Bon nombre d’élèves sont incapables de faire la différence entre un acajou et un okoumé, entre une biche et une antilope... En chimie, c’est une fois dans le milieu professionnel que nos élèves découvrent parfois les corps et relations chimiques dont on leur a rebattu les oreilles au cours de leur scolarité.
Dans de telles conditions, tout doit être fait pour que le Congolais se représente dans son imagination son riche héritage culturel, pour qu’il en conserve les images et les sons.
II-
Profits du numérique dans l’éclosion des
talents artistiques (cas des artistes musiciens au Congo)
Les artistes musiciens sont ceux qui ont
compris l’importance du numérique dans la création de leurs œuvres. En effet,
le phénomène des Disc-Jockeys (ou DJ) a fait éclore certains talents en matière
de création musicale. Ces DJ sont des jeunes stars qui se servent des moyens
peu coûteux pour produire des œuvres musicales ; lesquelles œuvres font
aujourd’hui tabac en milieux jeunes. Plus question des grands studios
d’enregistrement, plus question des grandes maisons d’édition, des
producteurs… ; juste quelques
petits moyens (caméra, ordinateur, table de mixage, appareil synthétiseur…)
suffisent pour sortir un tube et pour faire connaître un DJ.
III-
Initiatives prises dans le cadre de la conservation et
de l’éducation au patrimoine
A l’instar des musiciens, la Direction des musées et des monuments
nationaux et le Musée Mâ Loango de Loango par son service de communication ont
pris un certain nombre d’initiatives parmi lesquelles:
a)- Le Renforcement de la documentation des collections
et des sites
Les sites du patrimoine et les collections du Musée Mâ Loango ne sont pas
suffisamment documentés ou du moins les informations que l’on détient à leur
sujet ne sont pas toujours actualisées.
C’est fort de ce constat qu’avec le concours de l’Ecole du
Patrimoine Africain (EPA), des missions
conduites par la Direction des musées et monuments historiques sont allées sur
les sites du patrimoine (notamment à Mbé) pour recueillir de ces « bibliothèques
vivantes » que sont nos personnes sachantes des informations précieuses
sur les sites. Des documents ont été produits en version word.
b)- La création d’une base
des données numériques
Cette expérience se devant d’être appliquée à tous les sites et à toutes
les collections du Musée Mâ Loango, plusieurs fois nous sommes allés à la
source et au cœur de l’information dans certaines localités reculées où des
sages nous ont éclairés sur tel ou tel rite, telle ou telle autre pratique
culturelle.
Ce sont toutes ces informations qui
constitueront la base des données
numériques du Musée Mâ Loango de Diosso.
c)- La sensibilisation et
éducation au patrimoine
Le Musée Mâ Loango est conscient du peu de connaissances, du manque
d’engouement et d’intérêt du Congolais pour le patrimoine culturel. C’est pour
cette raison que cette institution culturelle par le truchement de son service
de communication mène depuis un certain temps à l’endroit du public des actions
de plusieurs ordres :
-
Passages à la Radio au cours d’une émission appelée « Découvertes » ;
-
Exposés débats dans les établissements scolaires autour des sujets qui
touchent au patrimoine culturel tant tangible qu’intangible ;
-
Conférences dans les Centres culturels de la place ;
-
Site pour donner de la visibilité tant sur le plan national
qu’international au Musée Mâ Loango. C’est le site :
IV-
Difficultés et problèmes rencontrés
Les
difficultés rencontrées sont souvent d’ordre humain, matériel et financier.
Il
faut dire que nous n’avons toujours pas l’expertise nécessaire pour faire ce
travail de collecte et d’archivage des données collectées. Souvent, nous louons
les services d’autres personnes qui relèvent d’autres ministères (tels
que : celui de la communication). Ce qui représente toujours un coût.
L’idéal aurait été que les capacités de nos agents soient renforcées pour que
ce travail de documentation se fasse par nous-mêmes. A cela s’ajoute aussi le
problème de manque de matériel.
Parfois
quand on travaille pour la promotion du patrimoine culturel, on a l’impression
de « lutter contre les moulins à vent » (dans le roman de Cervantès).
Il y a d’un côté le public dont il faut se démener pour susciter l’engouement.
D’autre
part, il y a les décideurs qui accompagnent difficilement le travail qui se
fait à la base. « Les faire bouger
pour qu’ils s’impliquent et fassent de nos préoccupations leur intérêt »
n’est pas chose facile. Souvent, leurs priorités sont ailleurs.
C’est
ce qui fait que la levée des fonds pour faire travailler une équipe
multidisciplinaire n’est pas toujours facile à réaliser.
Mais,
l’on est persuadé qu’il y a du grain à moudre au Musée Mâ Loango. Le travail
qui doit y être fait s’appelle : constitution d’une bibliothèque digne de
ce nom, inventaire des collections, constitution d’une base de données
numériques.
V-
Conclusion
et perspectives
Comme
on vient de le constater, documenter, archiver et numériser nos sites et nos
collections rendra un précieux service aux générations actuelles et futures.
Non seulement, cela fera qu’on ne perde plus nos traces, que nos enfants ne
perdent plus leurs racines, mais cela sera aussi d’une grande utilité à la
pédagogie à laquelle il donnera un contenu et du matériel didactique nouveau, à
l’anthropologie, à la sociologie, à la philosophie… ; et même cela
permettra de mieux nous impliquer dans la promotion et la protection de cet
environnement qui est notre patrimoine commun.
Pour
ce faire, le numérique devrait donc nécessairement envahir tous les secteurs de
la vie.
Voilà
pourquoi, conscient de cette situation, le Musée Mâ Loango sollicite le concours de tous ceux qui sont passionnés
par la promotion du patrimoine pour continuer à faire dans un proche
avenir :
-
L’inventaire et la numérisation de toutes ses
collections ;
-
La collecte des données intangibles pour le
renforcement de la documentation ;
-
La création d’une base des données et des
supports numériques ;
-
Le renforcement de la promotion et la
vulgarisation par des actions de communication et d’éducation au patrimoine.
Télécharger
la version intégrale anglaise des actes de la conférence SOIMA 2015 en cliquant
ici. (34.3 Mo).
ART OF FOOD Culture and Food Diversity, Gastrodiplomacy, 1-3 July 2015 - Barcelona, Spain.
Contribution de Louis Marie PANDZOU.
Title: « Gastronomie congolaise et développement durable »
Name:
PANDZOU
Surname(s): Louis-Marie
Institution: Musée Mâ
Loango de Diosso
Fonction : Enseignant, Médiateur
culturel, Chargé de la communication
Address: S/c M. Alphonse NKALA, Directeur
départemental des Arts et Lettres
BP :
5153
Pointe-Noire, Congo
Phone: (+242)
05 538 20 64 / 04 435 11 72
Résumé :
Le Congo, mon Pays, est un pays riche non seulement de son sous-sol, mais aussi de son patrimoine culturel divers et varié.
Ce pays possède une multiplicité ethnique. Ce qui entraîne une diversité culturelle avec pour corollaire une variabilité ou une pluri culturalité culinaire ou gastronomique.
Cette pluriculturalité gastronomique est un atout indéniable tant sur le plan d’opportunités touristiques que des emplois qu’elle génère.
Dans notre communication, nous nous proposons de montrer le lien entre la gastronomie et le développement durable.
Pour ce faire, notre communication s’articulera autour des axes suivants :
* Bref aperçu sur le Congo
* Présentation du patrimoine culturel congolais
* Place centrale de la femme dans la cuisine congolaise
* Divers mets du Congo
* Gastronomie, génératrice d’emplois et opportunités touristiques.
I-
Présentation du Congo
A- Situation géographique, administrative et
linguistique
Situé au cœur de l’Afrique, le Congo couvre une superficie de 342.000 km2.Il a des frontières communes avec le Cameroun, la République centrafricaine au nord, l’Angola et la République démocratique du Congo (RDC) au sud, le Gabon à l’est et l’Océan atlantique à l’ouest.
Sa capitale est Brazzaville, baigné par le fleuve Congo, le plus puissant fleuve au Monde après l’Amazone.
Ce fleuve constitue la frontière naturelle entre Brazzaville et Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Ce qui fait de ces deux capitales les villes les rapprochées du monde.
Le Congo est divisé en douze (12) départements qui sont : Kouilou, Pointe-Noire (qui est aussi la capitale économique du Congo), Niari, Lékoumou , Bouenza, Pool, Brazzaville (qui est aussi la capitale politique du pays), Plateaux, Cuvette, Cuvette-ouest, Sangha et Likouala.
Le Congo est caractérisé par une diversité ethnique et linguistique. Ce pays a près de quatre-vingts (80) ethnies qui peuvent être regroupées en huit (08) grands groupes ethniques, particulièrement : Kongo, Téké, Mbochi (ou Mbosi), Echira, Kota, Oubanguiens, Sangha et Mekèe.
Les langues nationales du Congo sont : le kituba (beaucoup plus parlée au sud du pays) et le lingala (plus parlée au nord).
La langue officielle est le français, langue pédagogique par excellence et langue de l’élite congolaise.
A- Le patrimoine culturel du Congo
Le Congo a un patrimoine culturel très riche qui est fait du patrimoine
aussi bien tangible qu’intangible, matériel qu’immatériel, mobilier
qu’immobilier.B.1- Le patrimoine tangible
B.1.1- Le patrimoine mobilier
Il est constitué de tous les objets déplaçables qui sont conservés dans les différents musées du Congo. Il s’agit de :
-
Outils de pêche : nasse, filet de pêche.
-
Outils de chasse : fusil (buta), piège de chasse
(mutambu), grelot (dibu).
-
Outils de portage : hotte (ponzi), mutete,
gibecière…
-
Outils aratoires : houes (nsengo), couteau
(mbele), hache (soka)…
-
Sculptures de bois : masques, tableaux…
-
Sculptures en pierre : nécropoles..
-
Outils de forge : soufflet de forge, baguette,
foyer à charbon…
-
Objets de culte : diable sec (nkuyu yuma), mbumba,
mianda, pouée magique (mudziri)…
-
Objets de danse : tambour (ndungu), ceinture et
bracelet de danse…
-
Objets de communication : tambour à fente
(mukontsi, mukoto ou nkoko)…
B.1.2- Le patrimoine immobilier
Le Congo dispose de plusieurs sites immobiliers dont cinq (05) figurent sur
la liste indicative.Trois (03) de ces cinq sites sont des sites naturels et deux sont des sites culturels.
a)- Les sites naturels
On peut citer :
-
La Réserve naturelle de Conkouati-Douli (Département du
Kouilou) ;
-
Le Parc national de Nouabalé-ndoki (Département de la
Sangha et de la Likouala) ;
-
Le Parc national d’Odzala-Kokoua (Département de la
Cuvette-ouest et la Sangha) ;
b)- Les sites culturels
- La Cité royale de Mbé ;- L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango
Il faudra noter en passant qu’un des sites de la liste indicative du Congo a été classé sur la Liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Il s’agit du « Tri national Nouabalé-ndoki ».
B.2- Le patrimoine intangible
Le Congo dispose d’un véritable trésor culturel en matière de : proverbes (bingana), contes (bimpa ou bintsamu), rites et cérémonies d’initiation (tchikumbi, nzobi…), pharmacopée traditionnelle, gastronomie…
B.2.1 - La gastronomie congolaise
Le Congo et un pays multiple et divers. Divers par sa réalité géographique, économique et socioculturelle différente d’un point à l’autre du territoire national. Divers par sa pluriculturalité culinaire et gastronomique.
De la côte maritime et poissonneuse de Pointe-Noire à la pointe nord du pays, en passant par la forêt humide et giboyeuse du Mayombe, le vaste territoire au sol fertile du « Niboland », le majestueux fleuve Congo jusqu’au relief surélevé du Mont Nabemba (à l’extrême nord congolais), partout il y a de « véritables ateliers de préparation » où nos mamans excellent dans l’art de la conception et de la création des recettes typiques et variées.
B.2.1.1 - Cuisiner, un véritable art féminin
La société congolaise, qu’elle soit patrilinéaire au nord du pays, ou matrilinéaire au sud, est une société où la femme est placée au centre de la famille, de l’alimentation, de la nutrition.
Même si cela peut être relativisé peut-être aujourd’hui dans une certaine mesure du fait de la conjoncture, il reste vrai que plus un homme a des femmes, mieux il et nourri.
La cuisine est donc l’affaire de la femme dans la société congolaise. C’est elle la reine des fourneaux, des casseroles, des assiettes…
Elle se doit de savoir cuisiner et de donner pleine satisfaction à son mari et à ses enfants, de leur donner de « véritables plaisirs gastronomiques ».
Dans cette école initiatique et de préparation à la vie conjugale qu’on appelait « le tchikumbi », la cuisine occupait une place de choix. Ente autres aspects liés à la vie dans un foyer, la jeune fille nubile apprenait à faire la cuisine. Elle était internée et formée pendant une période de quatre à six mois par une femme expérimentée à devenir « une vraie femme au foyer », une vraie femme qui sait faire la cuisine.
Aujourd’hui encore d’ailleurs, une femme se sent flattée et honorée quand on dit d’elle « Zebi lamba » (Elle sait ou elle est douée dans l’art de faire la cuisine). Et une femme qui ne sait pas cuisiner court le risque de perdre son mari ou de se le partager avec d’autres rivales (qui savent mieux faire la cuisine qu’elle).
C’est donc dire que la femme doit posséder l’art traditionnel de cuisiner. Elle n’a pas besoin de calculette pour le dosage au moment où elle entame la préparation de ses recettes dont elle seule a le secret. Chez elle, au-delà de la technique impersonnelle, il y a le doigté, le toucher, le « feeling » ; bref un sens hors du commun qui lui permet d’exceller dans l’art culinaire. Un art culinaire qui n’a que faire des instruments de mesure ou de dosage, mais qui est un ensemble de gestes acquis, pratiqués et développés par les anciennes et qu’elles transmettent de générations en générations à la postérité.
B.2.1.2- L’alimentation au Congo
a)- Constituants
L’alimentation au Congo est dépendante de la diversification des activités d’autosubsistance telles : la pêche, la chasse individuelle ou collective, le ramassage des chenilles, l’élevage, la culture des plantes domestiques…
La base alimentaire varie selon les contrées et les ethnies.
Elle comprend :
-
La viande : provenant des produits de la chasse
(gibiers, oiseaux sauvages…), de l’élevage (bovins, ovins, porcins, caprins,
volaille..), de la pêche (poisson, tortue, crocodile), du ramassage (insectes
ailés, chenilles..).
-
Les légumes : haricots, épinards, légumes verts,
pois, oseille, feuille de manioc, patate douce, ignames…
-
Les céréales : maïs, riz, manioc (manioc en
tubercules, manioc en farine ou « fufu », manioc en pâte ou
« kwanga ») , banane plantain…
b)- Horaires et parties de repasLes horaires de repas ne sont pas stricts pour bon nombre des Congolais en raison des contraintes économiques.
Il arrive bien souvent que dans un ménage moyen, un repas consistant ne soit pris qu’une fois par jour ; c’est-à-dire le soir.
Entre-temps, on peut picoler au cours de la journée, grignoter quelques arachides, manger une banane ou un fruit quelconque.
B.2.1.3- Les recettes de la gastronomie congolaise
Comme nous l’avons dit précédemment, la diversité ethnique et culturelle fait que les recettes de la gastronomie congolaise soient aussi diverses, que les mets soient variés selon que l’on se trouve dans telle ou telle autre aire culturelle.
Il y en a qui sont caractéristiques ou propres à certaines ethnies. On ne peut plus dire d’où ils émanent, tellement ils sont sortis du cercle restreint des ethnies pour devenir des plats nationaux ou internationaux.
Voici à titre d’exemples quelques mets congolais.
a)- Liste des mets
1- Ngul mu mako : Viande de porc à la banane
Plat fétiche de l’ethnie bembe (Département de la Bouenza). Les bananes plantains non mûres sont préparées dans une même solution avec la viande de porc. On y ajoute de l’huile palme et quelques condiments.
2- Ngoki : Bouillon de viande de crocodile.
Plat fétiche de l’ethnie mbochi (Département de la Cuvette-ouest). Ce bouillon de viande écaillée de crocodile est préparé à la sauce tomate (tomate en fruit écrasée ou pilée) avec d’autres assaisonnements.
Ce bouillon peut être mangé avec de la banane, du pain de manioc (kwanga) ou de la farine de pâte de manioc (fufu).
3- Duku daka mu mwambe : Sauce de viande de requin.
Plat fétiche de l’ethnie vili. Le requin est préparé dans une sauce faite à base des noix de palme pilées (mwambe ou mwamba).
Cette sauce est agrémentée de condiments divers (piments rouges, poireau, feuille de laurier…).
Elle se mange avec du « mayaka ma nkatu » (tubercules de manioc ramollis et cuits à vapeur), avec du « kwanga » ou du « fufu ».
4- Ndjak : Courges écrasées et préparées avec du poisson ou de la viande à l’étouffée.
Plat fétiche de l’ethnie nzabi ; ethnie qu’on retrouve aussi bien au Congo qu’au Gabon.
Ce plat se mange avec du pain de manioc ou du fufu.
5- Ntoba mbodi : Feuilles de manioc pourries.
Ce sont des feuilles qu’on emballe dans des feuilles, qu’on découpe en menus morceaux et qu’on laisse pourrir au bout de quelques jours.
On les prépare par la suite avec de l’huile de palme. On y ajoute très souvent du poisson et on fait mijoter pendant un certain temps.
Ce plat fétiche de l’aire culturelle « lari » (département du Pool) se mange avec du kwanga ou du « fufu ».
6- Muntsa : Feuilles d’oseille préparées. On y ajoute très souvent quelques tranches de poisson salé (notamment du « bweka bweni » et du piment.
Cet aliment peut être conservé longtemps dans une dame-jeanne.
C’est un plat de l’aire culturelle « lari » qui se mange bien avec du panioc ou du « fufu ».
b)- Quelques mets nationaux et même internationaux
1- Pondu ou saka-saka
Feuilles de manioc débarrassées de leurs pétioles, lavées à l’eau froide, pilées dans un mortier et cuites à l’huile de palme. On y ajoute des oignons, du piment vert, du poireau, des aubergines et courgettes, du poisson frais ou fumé.
Ce plat s’accompagne souvent du riz, du pain de manioc ou de pâte de manioc.
On le trouve aussi bien sur les deux rives du Congo, en Angola et au Gabon.
Au Congo, ce plat ne manque jamais au cours d’une fête. Même si l’on peut servir d’autres plats (du poisson ou de la viande), le « pondu » est ce qu’il y a de fondamental. C’est ce qui permet de nourrir plus facilement une multitude.
2- Lituma ou lidoke : Banane plantain cuite et pilée qui peut accompagner des plats de viande, de poulet ou de poisson.
Ce plat nous vient du nord du pays (principalement du Département de la Likouala). On le rencontre aussi dans la région riveraine de l’Equateur en RDC (région séparée de la Likouala par le fleuve).
Il faut dire que la liste que nous avons donnée est loin d’être exhaustive. Elle n’est donnée qu’à titre indicatif vu le grand nombre d’ethnies que nous avons au Congo.
Gastronomie
congolaise et développement durable
Si les Romains étaient friands du « pain et des
jeux de cirque » (« panem et circenses » comme on le disait en
latin), les Congolais raffolent de la bonne chère et du bon vin ou de la
bonne bière. Au travail aux heures de pause, en week-end entre amis, les
Congolais se retrouvent autour d’une table pour déguster un plat accompagné d’une
des boissons locales (ngok, nzoko…). Les moins nantis, selon le volume de leur
bourse, n’hésitent pas à s’offrir une bière
et quelques brochettes de viande
rôtie.
Ce qui fait que le secteur de la restauration est
devenu florissant. Les restaurants et débits de boissons poussent comme du
champignon dans tout le pays. Ce commerce paraît facile à exercer et ne nécessite
pas de gros moyens financiers : un petit capital suffit pour démarrer une
affaire.
L’incidence positive dans la vie économique d’un
pays où l’emploi devient de plus en plus une denrée rare est que ce secteur
génère de petits emplois de subsistance qui ont le mérite de résorber un tant
soit peu le chômage. Ce qui se doit
d’être salué aussi ce sont les initiatives prises par certains diplômés sans
emplois et certaines ménagères, tous pères et mères de familles, qui se sont
regroupés en de « sortes de coopératives » pour faire apprécier les
délices de la cuisine congolaise aux gourmets tant nationaux
qu’expatriés ; et, par la même occasion, trouver de quoi subvenir aux
besoins de leurs familles.
Conclusion :
Le Congo n’a pas que des sites, mais il a aussi les
merveilles de sa cuisine à proposer à la délectation du public congolais et aux
touristes étrangers. Les sites du patrimoine, tout aussi bien que les multiples
mets de la gastronomie congolaise, méritent d’être connus universellement et
prédisposent ce beau pays béni de Dieu à être une véritable destination
touristique.
Contribution de
MM. Louis-Marie PANDZOU et Gaspard NGOMA au 8ème Cours régional sur
la Conservation et la Gestion du patrimoine culturel immobilier en Afrique
04 Septembre- 24
Novembre 2006; Cours Africa 2009, EPA,
Porto Novo, Congo)
Thème : Le cadre législatif,
institutionnel et administratif du patrimoine culturel et immobilier en Afrique
sub-saharienne.
Cas du :
Congo Brazzaville
Introduction
A
l’instar de la plupart des colonies françaises, le Congo accède à la
souveraineté nationale en 1960.
C’est
à partir de cette époque qu’aux textes coloniaux commencèrent à se superposer
les textes nationaux.
En
effet, le nouvel Etat voulait affirmer son identité nationale par un cadre
législatif et réglementaire adapté au nouveau contexte. Mais, l’Etat de droit naissant
ne pouvait pas mettre en place son cadre juridique sans se mettre au diapason
des textes internationaux.
Aussi,
va-t-il commencer à ratifier les conventions internationales.
I/- Le cadre législatif national
A
ce jour, il n’existe pas encore de loi nationale spécifique régissant la
gestion et la conservation du patrimoine culturel immobilier (PCI). Toutefois,
de nombreux textes d’autres secteurs d’activités traitent de cette question.
Le
premier d’entre eux, est la loi n° 32/65 du 12 août 1965 définissant les
principes généraux d’organisation de l’enseignement qui, en son article 5,
donne à l’Etat la possibilité de créer des organismes tendant au développement
de la culture et des arts.
C’est
grâce à ce texte qu’ont été ouverts à travers le pays des musées, des
bibliothèques, le Centre national d’archives et de documentation (CNAD), le
Centre de formation et de recherche d’arts dramatiques (CFRAD) et l’Ecole
nationale des beaux-arts (ENBA). Certaines structures comme la célèbre Ecole de
peinture de Poto-poto ont commencé à être prises en charges par le budget de
l’Etat.
Le
second texte, c’est la loi 021/88 du 17/09/1988 sur l’aménagement et
l’urbanisme qui édicte les règles générales d’occupation et de gestion de
l’espace urbain et rural.
Elle
instaure la rédaction des règlements d’urbanisme pour des zones spécifiques
(art. 20) et énonce la règlementation de l’acte de construire et, aussi, de
celui de démolir (art. 27 et 28) tant en milieu ancien (historique) que dans
les nouveaux lotissements.
Le
troisième, c’est la loi n° 003/91 du 23 avril 1991 sur la protection de
l’Environnement qui, à son article 1, 2ème
alinéa, stipule : « la présente loi a pour objet, dans le
ressort territorial des espaces aérien et terrestre et des eaux sous
juridiction congolaise de gérer, maintenir, restaurer et protéger ou conserver
les ressources naturelles, le patrimoine culturel naturel et historique. »
L’article
9 de cette loi stipule ce qui suit : « Le patrimoine culturel,
historique et architectural est protégé par la loi. Un décret pris en Conseil
des Ministres précise les conditions et les modalités de protection dudit
patrimoine. »
La
loi n° 16-2000 du 20 novembre 200 portant code forestier est, à ce jour, l’un
des derniers textes qui traitent de la protection du PCI.
Il
concerne spécifiquement le domaine forestier national avec pour souci principal
de concilier l’exploitation des produits forestiers avec les exigences de
conservation du patrimoine naturel.
Elle
opère une classification qui prend en compte la protection du patrimoine
naturel appelé « forêts de conservation naturelle » (article 8), sous
la forme d’aires protégées et des parcs nationaux.
La
loi n° 10- 2004 du 26 mars 2004 fixant les principes généraux applicables aux
régimes domanial et foncier décompose
l’espace foncier national en foncier des personnes publiques et en patrimoine
foncier des particuliers (article 2).
Grâce
à elle, l’on peut désormais définir clairement le statut juridique et le
propriétaire d’un bien classé.
II/- Le cadre réglementaire
Les décrets suivants
permettent l’application des lois ci-dessus :
Décret n° 068/45 du 12
février 1968 fixant les modalités d’application de la loi 32/65 susvisée et qui
consacre en ses articles 1,2 et 6 « la sauvegarde des témoins de
l’héritage collectif de la nation congolaise par la collecte, la conservation,
la recherche et l’éducation dans les domaines de l’archéologie, l’histoire,
l’anthropologie culturelle et autres ».
Décret n° 91- 460 du 20
mai 1991 portant modification du décret 64- 181 du 20 mai 1964 relatif au
permis de construire qui, en son article 31 instaure le refus d’autorisation de
démolir pour les constructions classées et à son chapitre 8 (art. 32, 33, 34 et
35) fixe la procédure administrative applicable à la restauration des
bâtiments.
III/- Le cadre institutionnel
Dans
le domaine de la gestion et de la conservation du PCI, le gouvernement de la
République du Congo a mis en place un dispositif institutionnel reparti sur
trois principaux ministères :
·
Le Ministères de la culture, des arts et
du tourisme (principal acteur)
·
Le ministère de la construction, de
l’urbanisme et de l’habitat
·
Le Ministère de l’économie forestière
chargé de l’environnement.
Les
attributions des structures de ces ministères responsabilisés pour ce secteur
sont définies dans les décrets suivants :
Décret
n° 98- 260 du 16 juillet 1998 portant attributions et organisation de la
Direction générale de la culture et des arts. Créant la Direction du patrimoine
et du développement culturel (DPDC), ce décret lui assigne les missions de
sauvegarde et de valorisation du patrimoine matériel et immatériel ; y
compris les monuments et les sites historiques (cf. article 5).
Décret
n° 2003- 164 portant attributions et organisation de la Direction générale du
développement urbain, de l’habitat et de l’architecture.
A
son article 10, ce décret assigne à la direction de l’architecture, entre
autres missions, celle de :
·
Contrôler et suivre les projets
spécifiques exécutés en vue de la sauvegarde du patrimoine architectural et
urbain ;
·
Assure le contrôle architectural de la
restauration des édifices qui ont valeur de monuments historiques ou
classés ;
·
Promouvoir et vulgariser la
règlementation technique et les informations sur les sites classés, les
monuments historiques et le patrimoine architectural et urbain.
Décret
n° 98- 175 du 12 mai 1998 portant attributions et organisation de la Direction
générale de l’économie forestière.
Ce décret confirme l’existence au sein de
cette direction générale d’une direction chargée des aires protégées qui a,
entre autres missions, celles de :
·
Concevoir et proposer la règlementation
en matière de gestion durable des aires protégées et veiller à son
application ;
·
Participer à l’application des traités
et des conventions internationaux ratifiés par le Congo dans les domaines de la
faune, de la flore et des aires protégées ;
·
Entretenir des relations de coopération
avec les organismes nationaux, régionaux et internationaux spécialisés dans le
domaine de sa compétence.
IV/- Les Conventions et Accords internationaux
Trois
textes internationaux permettent d’appuyer l’action des pouvoirs publics
congolais en matière de protection du patrimoine :
La
Convention de l’Unesco de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial
culturel et naturel qui vise la sauvegarde des biens culturels et naturels
inscrits sur la liste du patrimoine mondial.
La
Convention de Washington du 03 mars 1973 sur le commerce international des
espèces de la faune et de la flore menacées d’extinction qui protège les
espèces animales et végétales des pays membres (art. 1).
L’Accord
de Bangui du 24 février 1999 portant révision de l’accord de Bangui du 02 mars
1977 instituant une Organisation africaine de la propriété intellectuelle.
Ce
texte porte sur la protection des droits d’auteur en règlementant aux articles
5 et 6 de l’annexe VII : l’exécution publique, la reproduction, la
diffusion, la production, l’enregistrement et la représentation des biens de
l’esprit (patrimoine immatériel).
Il
insiste également, à l’article 72, sur la protection, la sauvegarde et la
promotion du patrimoine immatériel.
V/- Les faiblesses du cadre juridique et
institutionnel du PCI congolais
Trois
principales faiblesses sont à relever en matière de patrimoine culturel
immobilier dans la législation congolaise :
1)- Le manque de liste indicative
du patrimoine immobilier national
2)- Le manque de textes spécifiques
(loi, décrets, arrêtés) portant protection du patrimoine culturel
immobilier.
3)- Le manque de cadre juridique
permettant une coordination et une cohésion entre les départements ministériels
en charge de la gestion du patrimoine.
VI/- Conclusion
Un projet de loi portant protection du
patrimoine culturel et naturel est en chantier.
En attendant que ce texte soit adopté
par l’Assemblée nationale, une note de service portant création d’une liste
indicative du patrimoine immobilier a été signée par la Directrice générale de
la culture et des arts.
Cette note sera bientôt entérinée par un
arrêté ministériel.
Un décret portant création, attribution
et fonctionnement de la Commission nationale du patrimoine est en cours de
signature. Il permettra une meilleure coordination entre les départements en
charge du Patrimoine.
Pour pallier la méconnaissance des
textes juridiques par le grand public, avec l’appui financier de l’Unesco, la
Direction du patrimoine et du développement culturel du Congo Brazzaville et
l’Association pour la promotion des langues africaines (APROLAF) ont traduit,
en kituba et lingala (les deux langues nationales du Congo Brazzaville), la
Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et
naturel.
Ces deux traductions existent sous forme
de brochures et de CD.
Par
Louis-Marie PANDZOU
Médiateur culturel
Chargé de la communication
Musée Mâ Loango de Diosso
Tel: (+242) 05 538 20
64 / (+242) 04 435 11 72
E-mail: pandzoulouis@gmail.com or museenat.congo@yahoo.fr
Pointe-Noire (Congo)
Et
Gaspard NGOMA
Directeur de l’architecture
Ministère de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat
Tél : (+242) 05 589 60 04
E-mail : ngm_gas@yahoo.fr
Brazzaville (Congo)
COLLOQUE INTERNATIONAL DU TRICENTENAIRE DE LA MORT DE KIMPA VITA (1706-2014)
THEME: KIMPA VITA : ENTRE MEMOIRE ET HISTOIRE
PANEL V : Les mouvements messianiques et leurs effets dans les indépendances des pays africains
SOUS- THEME : Les mouvements messianiques et leurs implications dans les indépendances des pays de l’Afrique : cas du Kimbanguisme au Congo-Belge et du Matswanisme au Congo-Français
RESUME DE LA COMMUNICATION
Il est un fait indéniable que la religion, et plus particulièrement le Christianisme, a joué un rôle non négligeable en faveur de la colonisation. C’est par le message de fraternité dont elle a fait son cheval de bataille que la religion a conquis les cœurs de bon nombre d’Africains et préparé le terrain à ceux qui avaient eu la prétention de nous apporter « les lumières de la civilisation » en nous colonisant.
Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, c’est cette même religion qui a fourbi les armes de la destruction de la colonisation ; en ce sens qu’elle a enfanté « les illuminés de Dieu » qui ont été de véritables fossoyeurs de la colonisation et qui se sont battus jusqu'à leur dernier souffle pour l’édification d’un ordre socio-politico-religieux nouveau ; un ordre où ne régnera plus l’exploitation de l’homme par l’homme, où disparaitra à tout jamais toute forme d’oppression et de maltraitance du Noir par l’Homme blanc, un ordre où s’inversera la pyramide des rapports des forces entre le Blanc et le Noir.
PLAN
DE LA COMMUNICATION
- Introduction
- Définition du messianisme
- Causes ou origines du messianisme au
Congo-belge et au Congo-français
- Mission messianique de Simon KIMBANGU et André
Grénard MATSWA
- Dans la continuité de l’œuvre de KIMBANGU et MATSWA
KIMPA VITA, l’héroïne dont nous célébrons la grandeur et commémorons la disparition aujourd’hui a laissé par ses hauts faits des marques indélébiles, elle a imprimé par les actes qu’elle a posés au cours de son bref passage sur cette terre des hommes un sceau particulier à la Vie. Par son action, elle a suscité des émules de par le monde des hommes et des femmes à qui elle a transmis sa flamme et passé le témoin.
Simon KIMBANGU, André Grenard MATSWA et bien d’autres dont on saurait donner la liste exhaustive ici sont de ceux-là. Ils sont des hommes qui ont préféré sacrifier leur vie pour le bien de l’humanité. Dans un esprit messianique, ils ont pris part active et se sont fortement impliqués dans les indépendances de leurs pays. C’est ce qui fait l’objet de ma communication ; communication où nous aborderons plus spécifiquement le cas du Kimbanguisme au Congo-Belge et du Matswanisme au Congo-Français.
II- DEFINITION DU MESSIANISME
Le mot « messianisme » vient du radical « messie » qui lui-même dérive du latin « messias » et de l’araméen « meshihâ » ou « mashia’h » et signifie « le Sacré », « l’Oint de Dieu » ou celui qui a été consacré par l’onction reçue du Seigneur par l’intermédiaire d’un prophète de Dieu (1).
Le messianisme est, pour ainsi dire, la croyance en la venue d’un Sauveur ou un Libérateur qui viendra mettre fin à l’ordre présent des choses et instaurera un nouvel ordre où règneront la paix, la justice, l’égalité, le bonheur et la prospérité (2).
Ainsi,
parlera-t-on de :
- Messianisme juif : qui croit au
retour du prophète Elie et à l’avènement du Messie « Jésus ».
- L’eschatologie islamique : qui croit
au second avènement du Mahdi (l’envoyé d’Allah qui viendra à la fin du temps
pour instaurer le règne de la justice et du pur islam) et de « Isa »
ou Jésus.
- L’eschatologie bouddhiste : qui
croit à l’avènement du Maitreya
(1) et (2), cf. Petit Larousse illustré 1995.
Les sources du messianisme au Congo-belge et au Congo-français remontent depuis le Royaume Kongo. En effet, c’est KIMPA VITA- cette jeune fille initiée aux rites traditionnels kongo et baptisée dans l’église chrétienne- qui a été l’une de ceux qui ont porté haut la flamme du messianisme africain, avant qu’elle ne soit reprise par Simon KIMBANGU et bien d’autres après lui.
Le messianisme au Congo-belge et au Congo-français est né dans l’esprit des « illuminés de Dieu » du fait de la complicité entre le colonisateur et le missionnaire, des frustrations générées par la colonisation (brimades, contraintes, violences et sévices) et de l’aspiration à une vie meilleure.
Une citation résume assez bien à notre humble avis le rapport ‘ religion-colonisation’ : « D’abord les explorateurs, puis les missionnaires, puis finalement les soldats ». Ce qui revient à dire qu’après que l’explorateur soit allé à la conquête de l’Afrique, le missionnaire est arrivé par la suite pour baliser le terrain au colonisateur. Le missionnaire a apporté un message évangélique fraternaliste qui a fait que l’indigène l’accepte comme son propre frère. Il est allé jusqu’à adapter ce message évangélique aux réalités des nègres. Il s’est fait nègre avec les nègres. Il est allé jusqu’à signer un pacte de sang avec eux. Monseigneur AUGOUARD écrit à ce sujet : « En 1890, le Père Olivier ALLAIRE, de passage dans le village du chef Bétou , avait été attaqué et a failli y perdre la vie. Deux ans après, je me présentai moi-même à ce village, avec le Père Jules REMY, qui devait être le premier missionnaire de cette féroce tribu à la mission de Bangui. Naturellement, j’eus la curiosité d’aller voir ce fameux chef Bétou qui avait été, depuis lors, visité par d’autres Européens. La conversation se prolongea longtemps, et le résultat fut que, de part et d’autre, on se jura d’amitié. Pour sceller cette amitié, le chef me proposa de devenir son frère de sang, car, après cette cérémonie, toute guerre devient impossible entre frères de ce nouveau genre. Une légère incision fit jaillir une goutte de sang du bras de droit des deux partenaires, et le sang ayant été mêlé, la fraternité devenait indissoluble » (3).
Le missionnaire s’est vraiment fondu aux peuples qu’il évangélisait au point où ses rapports avec ces derniers étaient facilités. Et quand le missionnaire s’est investi pleinement dans l’éducation, la santé, le social, il s’est attiré davantage la sympathie ; donnant l’impression d’œuvrer pour son bien, pour son développement. Mais en réalité, le missionnaire et le colonisateur faisaient cause commune. Ils étaient tous les deux complices. Pour bien asseoir la mission, le colonisateur s’est fait le pourvoyeur des fonds du missionnaire. Il a aussi assuré sécurité et protection pour permettre au missionnaire d’apporter la « Bonne Nouvelle » jusque dans les plus petits recoins.
(3) Mgr AUGOUARD, Trente-six années au Congo, Poitiers, 1934, p. 407
En retour, le missionnaire se devait d’être l’oreille du colonisateur, son informateur par excellence. C’est ce qui a d’ailleurs fait que le missionnaire soit allé jusqu’à trahir son serment ; en ce sens que la moindre information soufflée par un fidèle à un prêtre dans le secret du confessionnal parvenait dans les minutes qui suivaient aux oreilles de l’Administrateur colonial.
Le missionnaire n’était donc pas qu’un serviteur de Dieu, mais bien plus un homme au service de la France, du Portugal ou de la Belgique (selon qu’il servait au Congo-français, au Congo-belge ou en Angola).
Le rôle du missionnaire était par conséquent éminemment politique. La seule différence entre lui et le colonisateur ne tenait qu’au fait qu’il s’est servi des méthodes pacifistes et persuasives, alors que le colonisateur est allé jusqu’à user des méthodes peu recommandables, coercitives et violentes pour s’imposer. Brimades, corvées, travaux forcés, bastonnades, emprisonnements, tortures et parfois même tueries étaient la stratégie pour laquelle le colonisateur avait opté pour faire peur et dicter sa loi. C’est contre toutes ces formes d’injustices que KIMPA VITA et Simon KIMBANGU se sont insurgés. C’est ce qui les a poussés à se porter comme les guides de leurs frères et sœurs de sang, à susciter leur éveil de conscience dans la perspective de l’édification d’un nouvel Ordre social.
IV- MISSION MESSIANIQUE DE SIMON KIMBANGU
Avant d’aborder ce point, il convient de repréciser que Simon KIMBANGU est le fidèle continuateur de l’œuvre de KIMPA VITA. Et comme par hasard, le sort auquel étaient destinés ces deux « conducteurs de troupeau » étaient comme gravés dans leurs anthroponymes.
En effet, l’anthroponyme « KIMPA VITA » est constitué de deux substantifs : kimpa et vita. « Kimpa » veut dire ‘le jeu’ et « vita » ou « mvita » désigne la lutte ou la guerre. A la vérité, les deux s’opposent et ne peuvent être associés. Car, la lutte ou la guerre est violente et barbare, alors que le jeu est avant tout plaisant et amical. Même pour les jeux de combat. La question qui nous vient à l’esprit est celle de savoir pourquoi avoir mis ensemble et côte à côte deux mots contraires pour constituer l’anthroponyme de cette héroïne. C’est, à ce qu’il nous semble, parce qu’elle a été destinée dès sa naissance à lutter ; non pas de la même que le ferait un militaire à la tête d’une armée, mais en menant un combat « soft » qui ne la compromettrait et ne la souillerait pour rien au monde jusqu’à la victoire finale.
Pour KIMBANGU aussi le destin est tout tracé et gravé dans son patronyme. L’anthroponyme « Kimbangu » semble dériver de « mbangu » et « mbangi ».
- Mbangu est un nom qui fait penser au panier ou la petite corbeille qui sert à faire sécher ou conserver les produits de la pêche ou de la chasse. En fait, l’anthroponyme « Kimbangu » désigne le réceptacle sur lequel s’est posé l’Esprit-saint, celui sous la conduite du Saint-Esprit et de Jésus-Christ -et non de son propre chef- a « révélé le sens des choses cachées » (4) et a pris à-bras-le corps la mission de conduire le troupeau de Dieu. Comme il aimait à le répéter lui-même Simon KIMBANGU : « Le Christ que les missionnaires nous ont révélé est Celui duquel je reçois ma mission et ma force. Il faut croire en Lui et mettre en pratique ses enseignements » (5).
- Mbangi est un substantif qui veut dire le témoin. En effet, c’est pour rendre témoignage de Jésus-Christ que Simon KIMBANGU a exercé son ministère : « Les thèmes de prédication de Simon KIMBANGU étaient surtout un puissant témoignage sur le Christ, le Messie. KIMBANGU estimait avec force qu’il n’y avait de salut qu’en Jésus-Christ, rédempteur universel de l’humanité » (6).
C’est par la grâce de Jésus-Christ et du Saint-Esprit qu’il a accompli des miracles : faire marcher les paralytiques, faire recouvrer la vue aux aveugles, faire entendre les sourds, redonner la parole aux muets, ressusciter les morts…
C’est aussi sous la mouvance de Jésus-Christ et du Saint-Esprit qu’il s’est porté à la tête de ses frères, allant même jusqu’à braver le colonisateur en proclamant haut et fort : « Ndombe si kakala mundele, mundele si kakala ndombe » (L’Homme noir deviendra le Blanc et le Blanc deviendra Noir). Simon KIMBANGU est allé jusqu’à prédire la fin imminente de l’ordre des choses et le renversement de la pyramide des rapports des forces : «Aujourd’hui, nous sommes encore persécutés, mais au temps fixé par le Seigneur, les Blancs deviendront des Noirs et les Noirs des Blancs ; c’est-à-dire que nous assumerons les fonctions que ceux-ci exercent chez nous aujourd’hui, tandis qu’ils se verront contraints de se soumettre à nos décisions. Nous serons chez nous comme ils le sont chez eux » (7).
Simon KIMBANGU ne croyait pas si bien dire. Car, il était à cent lieues de s’imaginer qu’un jour la Nation la plus puissante du monde aurait à sa tête un Noir « Barack OBAMA ». Il ne s’imaginait certainement pas un seul instant qu’il sortirait un jour des entrailles de l’Afrique un digne Fils « Nelson MANDELA »qui ferait l’unanimité universelle autour de sa personne et dont la Terre toute entière reconnaîtrait la grandeur et la valeur.
Simon KIMBANGU n’avait cessé d’attirer une foule des fidèles à Nkamba et voyait sa cote de popularité augmenter de plus en plus. Ce qui lui attira de sérieux ennuis et a fait qu’il se mette à dos commerçants, églises (catholique et protestante) et l’administration coloniale. Accusé d’hérésie, de sédition et de subversion, il a été plus d’une fois arrêté et jeté en prison. Il y a d’ailleurs passé plus de trois décennies, après avoir été condamné à la peine capitale par un tribunal militaire ; peine que le Roi des Belges a commuée en prison en perpétuité.
(4), (5), (6) et (7) Diangienda Kuntima, l’Histoire du Kimbanguisme
Après la mort de Simon KIMBANGU, ses fidèles ont perpétué son action. Mais, leur mouvement a été considéré par l’autorité coloniale comme un mouvement subversif, acquis à la cause des Noirs et hostiles aux Blancs : « L’Administrateur colonial estime qu’il est nécessaire de combattre Simon KIMBANGU parce que la tendance de son mouvement est pan-nègre et qu’il pourrait orienter l’esprit des natifs vers l’hostilité envers la race blanche »(8).
. Longtemps persécutés et envoyés dans les camps de relégation, ils durent mener leurs activités dans la clandestinité.Ce n’est que plus tard le 24 décembre 1959, quelques six mois avant que la République démocratique du Congo n’accède à l’indépendance, que ce mouvement fut reconnu officiellement par la Chambre des représentants et au Sénat de Belgique. Il devint l’E.J.C.S.K (l’Eglise de Jésus-Christ sur Terre par le Prophète Simon KIMBANGU).
Le rapprochement de ces événements (l’indépendance et la reconnaissance de l’E.J.C.S.K.) n’est pas fortuit. Il montre à juste titre l’implication du kimbanguisme dans l’indépendance de la République démocratique du Congo.
V- MISSION MESSIANIQUE D’ANDRE GRENARD MATSWA (1899-1942)
Au Congo voisin, KIMPA VITA a aussi fait un émule, en la personne d’André Grenard MATSWA. Originaire du département du Pool (à quelques encablures de la capitale Brazzaville), André Grenard MATSWA fut élevé dans la religion catholique. Devenu catéchiste à la mission de KINDAMBA, il jouit d’une grande popularité auprès des villageois et des employés de la mission. Mais très vite, il abandonne son apostolat pour s’intéresser à la politique ; notamment au problème de la colonisation et des rapports entre Blancs et Noirs. Il fait montre d’une connaissance qui étonne plus d’un sur les problèmes politiques du Pool et du Moyen-Congo.
Emigré en France, il intègre en 1924 l’armée française dans le 22ème Régiment des Tirailleurs sénégalais, sert par la suite pendant la Guerre du RIF et obtient le grade de sous-officier. Il participe à certaines associations d’aide aux Africains émigrés en France et mouvements de défense de la « race nègre ». Il fréquente avec d’autres émigrés intellectuels Noirs les cercles libéraux parisiens. Influencé par les idées de ces milieux, il crée en 1926 depuis la France « l’Amicale des originaires de l’Afrique équatoriale française (A.E.F.)» ; amicale connue au Congo sous le nom de « Mikalé ». Le but de cette association est de former une élite africaine, en général, et congolaise en particulier qui travaillerait pour hâter l’évolution de de l’Afrique centrale et d’entamer le dialogue avec le gouvernement colonial en vue de l’obtention de l’indépendance par des moyens pacifistes.
(8), Diangienda Kuntima, l’Histoire du Kimbanguisme
Des délégués de l’Amicale sont envoyés au Congo pour faire connaître les buts de l’Amicale : « En 1929,deux délégués de l’Amicale entreprennent une tournée au Congo, en pays lari. Ils obtiennent un grand succès, avec de nombreuses adhésions et collecte des côtisations. Mais, leur propos ont pris une allure politique dont s’inquiètent les autorités françaises ». (9) Mais, ils sont arrêtés.
En France, André Grenard MATSWA adresse deux lettres au Président du Conseil, où il dénonce les abus de la colonisation et demande un changement dans la politique coloniale. Il est lui-même arrêté et transféré à Brazzaville. Son procès a lieu à Brazzaville en Avril 1930. Il est condamné. Lui et ses compagnons sont déportés à Fort Lamy au Tchad. Ce qui provoque des mouvements de grève et de contestations à Brazzaville. Ces troubles menacent la ville de Pointe-Noire au point où l’administration coloniale en arrive à réprimer et arrêter à tour de bras ceux qui sont cités comme les meneurs des troubles. Raphaël ANTONETTI, Gouverneur de l’époque, dissout l’Amicale qui désormais opère dans la clandestinité. Ce qui n’arrange en rien les choses et ouvre plutôt une crise : « La crise, ouverte entre colonisés et colonisateurs par le procès de Grenard et la dissolution de l’Amicale, demeure latente » écrira plus tard M. SINDA(9).
Vis-à-vis de l’administration coloniale et de la mission catholique, la méfiance se transforme en un refus total de collaboration. Les Amicalistes s’engagent dans un mouvement de désobéissance qui implique le refus d’avoir une carte d’identité ou un passeport, le refus de voter, le refus de payer les trois francs d’impôt nécessaires à la création d’un fonds d’aide spéciale pour le financement des outils agricoles et des camions. Le refus entraîne des opérations de répression, des exactions et l’envoi en exil de certains chefs.
Entre-temps, MATSWA s’est échappé de prison au Tchad. Après plusieurs pérégrinations dans la clandestinité (au Nigéria, au Tchad, en Centrafrique et au Congo-belge) et aidé par les cotisations des Amicalistes, il retourne à Paris sous le nom codé de « André KIVOUKISSI » (André le Libérateur ou le Sauveur). Il s’engage une nouvelle fois dans l’armée française en 1939. Blessé au front en 1940, soigné à Paris, il tente de repartir à la guerre. Mais, il est arrêté le 03 Avril 1940. Extradé au Congo, condamné aux travaux à perpétuité en 1941, il meurt dans les conditions encore obscures dans la prison de MAYAMA en janvier 1942. Cette mort discrète a longtemps alimenté la légende, le mythe et le culte de sa personne. Aujourd’hui encore, bon nombre de ses sympathisants refusent d’admettre sa mort et continuent d’attendre son retour. MATSWA a été transformé en un martyr ou , même à la limite, en un « messie » dont on attend toujours le retour.
(9) Jean ERNOULT, Les Spiritains au Congo de 1865 à
nos jours, Matériauxpour une Histoitre de l’Egkise au Congo
A y
regarder de près, le mouvement de MATSWA est beaucoup plus politique. Le point
de jonction entre lui et Simon KIMBANGU est que tous les deux :
- Ont été élevés dans la foi chrétienne ;
- Ont pris une part active dans la lutte contre la
colonisation
Aujourd’hui encore, bien d’hommes politiques
et intellectuels continuent de se réclamer « dignes héritiers »
d’André Grenard MATSWA. VI- DANS LA CONTINUITE DE L’ŒUVRE DE SIMON KIMBANGU ET D’ANDRE GRENARD MATSWA
Simon KIMBANGU et André Grenard MATSWA ont suscité des hommes qui ont porté haut leur flamme. Non plus en dirigeant leur combat vers le colonisateur blanc, mais cette fois-ci vers certaines formes d’asservissement moral ou physique. Parmi les hommes qui ont mené ce combat, figure en bonne place MALANDA Croix-Koma.
En effet, Ta MALANDA (Victor MALANDA de son vrai nom) est le fondateur du mouvement « Croix-Koma ». Catholique, baptisé, membre de la Légion de Marie, il reçoit de Saint Antoine qui lui est apparu la mission de renoncer à tout. Il abandonne le jardinage pour se consacrer à sa vocation de guérir et de soigner.
Le mouvement qu’il crée porte un nom très évocateur de « Croix-koma ».
Le mot « croix » fait penser à la crucifixion de Jésus-Christ. « Koma » vient du verbe « kukoma » (enfoncer ou clouer). « Croix-koma » voudra certainement dire « Je renonce à la sorcellerie sinon la croix de Jésus me clouera » (10).
En fait, ce mouvement a pratiqué « la désorcellisation ». Le magicien noir qui se rendait à Nkankata (village de Ta Malanda) déposait tous ses « minkisi » ou sortilèges et faisait le serment de « renonciation » à toute pratique de sorcellerie, à tout nouveau contrat avec un « nkuyu » ou esprit maléfique. Toute forme de parjure exposait le sorcier à des représailles mortelles venant d’une magie plus puissante : celle de Jésus-Christ et de son église.
Victor MALANDA a débarrassé bon nombre de familles des objets rituels qui les décimaient. Il a mené un combat acharné contre toutes les pratiques de magie noire et de sorcellerie. Son mouvement ne s’est pas inscrit dans un processus politique, mais a eu le mérite de lutter contre tout ce qui a tendance à tirer l’Homme noir vers le bas et à retarder son développement : « Personne ne conteste la loyauté et l’honnêteté de Ta MALANDA qui déclare n’être pas un prophète comme Simon KIMBANGU, ni de vouloir se mêler de politique, mais accomplir la mission qu’il a personnellement reçue de Dieu de délivrer son peuple » (11).
On ne saurait dénier donc le caractère totalement messianique de ce mouvement qui a de commun avec le phénomène de messianisme la volonté d’édifier un Ordre nouveau, de mettre fin à tout ce qui tire l’Homme noir vers le bas, à la sorcellerie et la magie, en transférant à Dieu le pouvoir découvrir et de punir « les brebis galeuses ».
VII- CONCLUSION
Plusieurs hommes de Dieu ont eu la même veine de consacrer leur vie soit à la lutte pour l’édification d’un nouvel Ordre social ou contre toutes les pesanteurs socio-culturelles sont de véritables freins au décollage de l’Homme noir. On aurait pu citer dans cette optique : Simon Zéphirin LASSY (avec le lassysme ou le bougisme), le pasteur NDOUNDOU, Guy Emile LOUFOUA CETIKOUABO…et tous ceux qui appartenant au monde religieux se sont préoccupés du développement de l’Afrique. Aujourd’hui, les acteurs du développement de l’Afrique ne sont plus que religieux ou du monde spirituel. Ce sont aussi les acteurs politiques, les religieux, les culturels… Bref chacun de nous, dans quelle qu’activité qu’il exerce, à quelle qu’échelle de prise de décision qu’il se trouve, a son rôle et sa partition à jouer, sa pierre à apporter à l’édification de nos nations et à la transformation de la planète Terre en paradis.
(10) et (11) Jean ERNOULT, Les Spiritains au Congo de 1865 à nos jours, Matériaux pour une Histoire de l’Eglise au Congo
NOTES
BILIOGRAPHIQUES
- Petit
Larousse illustré 1995
- Jean
ERNOULT, Les Spiritains au Congo de 1865 à nos jours, Matériaux pour une
Histoire de l’Eglise au Congo
- DIANGIENDA
KUNTIMA, l’Histoire du Kimbanguisme
- Mgr
AUGOUARD, Trente-six années au Congo, Poitiers, 1934.
Par
Louis-Marie
PANDZOU
Enseignant / Chercheur
Médiateur culturel
Musée Ma Loango de Diosso
Tel : +242 05 538 20 64 / (+242) 04 435
11 72
Email : pandzoulouis@gmail.com
Pointe-Noire
Congo
![]() |
Mme Elikia, M. Ambwila, Louis Marie Pandzou, |
CONTRIBUTION AU SEMINAIRE DE L’ICCROM SUR L’ELABORATION DES FUTURES SRTATEGIES POUR LE PARTAGE DES DECISIONS SUR LA CONSERVATION
(Sharing
conservation decision seminar –Rome 2008)
Thème : Les défis posés par
l’élargissement continu de la notion du Patrimoine
INTRODUCTION
Le Congo n’est pas seulement riche de son
pétrole, mais aussi de son patrimoine culturel divers et varié.
S’il est vrai que le souci des acteurs culturels
c’est de faire du patrimoine culturel un levier du développement. Il est vrai
que la tâche pour y arriver ne leur est pas facile.
Car, autant la notion du patrimoine culturel ne
cesse de se complexifier et de s’ouvrir à d’autres domaines, autant le commun
des Congolais ne se l’est pas encore approprié ou mieux cette notion est encore
peu ou pas suffisamment connue par eux.
Ce qui ne rend pas la tâche facile aux acteurs
culturels et implique de nombreux défis de leur part.
La question qu’on ne peut manquer de se poser
c’est celle de savoir si la Communauté de la conservation du patrimoine au
Congo est préparée aux défis que posent la complexification et l’élargissement
de la notion du patrimoine.
Et comment s’y prend-elle ?
Nous allons tenter de répondre à cette question
en s’appuyant sur l’expérience du Congo et en montrant que les initiatives et
les actions menées dans notre Pays attestent bien que les acteurs impliqués
dans la conservation du Patrimoine culturel ont conscience de la délicatesse de
leur mission et qu’ils sont prêts et préparés à en relever les nombreux défis.
Pour ce faire, notre contribution s’articulera
autour des axes suivants :
- Bref aperçu sur le Congo
- Stratégies mises en place pour mieux
conserver et valoriser le Patrimoine culturel du Congo
a)-
Renforcement du cadre législatif et juridique du Patrimoine culturel
b)-
Méthodes de travail des acteurs culturels
- Conclusion
I/- BREF
APERCU SUR LE CONGO
1- Situation géographique, administrative et
linguistique du Congo
Situé au
cœur de l’Afrique, la République du Congo s’étend sur 342.000 km2.
Il est limité au nord par le Cameroun et la
République centrafricaine,, au sud par l’Angola et la République démocratique
du Congo, à l’est par le Gabon et à l’ouest par l’Océan atlantique.
Sa capitale, Brazzaville, est baignée par le
fleuve Congo, le plus puissant fleuve du monde après l’Amazonie.
Ce qui constitue la frontière naturelle entre
Brazzaville et Kinshasa, et fait de ces deux capitales les villes les plus
rapprochées du monde.
Le Congo possède douze départements qui sont : le Kouilou, Pointe-Noire (qui est aussi
la capitale économique du Congo), le
Niari, la Bouenza, la Lékoumou, le Pool, Brazzaville, les Plateaux, la Cuvette,
la Cuvette-ouest, la Sangha et la Likouala.
Le Congo est caractérisé par une diversité
ethnique et linguistique. Les quatre-vingt ethnies qu’il compte peuvent être
regroupées en huit grands groupes ethniques qui sont : Kongo, Téké, Mbochi ou Mbosi, Echira, Oubanguiens, Sangha et Mekée.
Les langues nationales du Congo sont ; le kituba (langue du sud) et le lingala (langue du nord).
La langue officielle est le français, langue pédagogique par excellence et par conséquent
langue de l’élite congolaise.
2- Le Patrimoine culturel du Congo
Le Patrimoine culturel du Congo est riche et
diversifié.
Il est constitué
:
- Des sites historiques (ex : la Baie de
Loango, la Cité royale de Mbé)
- Des sites naturels (ex : le Parc
d’Odzala, la Réserve de Conkouati-Douli)
- Des monuments naturels (ex : Ekoti ya
Monseigneur)
- Des monuments architecturaux (ex : la
Basilique Sainte-Anne)
Sites
proposés sur la liste indicative
a)- Sites
naturels
- Réserve naturelle de Conkouati-Douli (Département
du Kouilou)
- Parc national Nouabalé-Ndoki (Département
de la Sangha et de la Likouala)
- Parc national d’Odzala-Kokoua (Départements
de la Cuvette-ouest et de la Sangha)
b)- Sites
culturels
- Domaine royal de Mbé
- Ancien port d’embarquement des esclaves de
Loango.
Qu’il soit dit en passant, pour revenir sur les
questions des sites inscrits sur la liste indicative du Congo, que pour
s’inscrire dans l’optique des acquis du Séminaire de validation de cette liste
indicative, il se tiendra à Pointe-Noire, un atelier international de « Préparation des propositions d’inscription
sur la liste du Patrimoine mondial». Atelier qui connaîtra la participation
de plusieurs pays d’Afrique au sud du Sahara (notamment : l’Angola, le Bénin,
le Burkina Faso, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal et le Togo).
Atelier au cours duquel les participants des pays
représentés présenteront des dossiers des sites qu’ils comptent proposer à
l’inscription sur la liste du Patrimoine mondial et profiteront de l’éclairage
des experts de l’Ecole du patrimoine Africain et du Centre du Patrimoine
Mondial pour affiner et améliorer leurs dossiers, de sorte qu’à un autre
atelier ces dossiers soient plus élaborés et plus étoffés.
II/-
STRATEGIES MISES EN PLACE POUR MIEUX CONSERVER ET VALORISER LE PATRIMOINE
CULTUREL DU CONGO
Au nombre de ces stratégies, nous pouvons
citer : « le renforcement du
cadre législatif et juridique du Patrimoine ».
Deux grandes décisions ont été prises dans ce
sens au Ministère de la culture et des arts, à savoir :
• La Loi
sur le Patrimoine :
Elle définit clairement le patrimoine culturel et
prévoit les mesures nécessaires pour sa conservation.
• Le décret
portant création d’un nouvel organigramme du Ministère de la culture et des arts
Il vise à déconcentrer et diversifier les centres
de prise de décision et à créer de nouvelles structures de prise de décision.
Cela a pour but d’éviter les conflits de
compétences, de donner un peu plus de marge de manœuvre aux décideurs en
matière de conservation du patrimoine, et aussi de rendre la prise de décision
la plus efficace possible.
Ainsi, viennent d’être créées trois directions
générales, à savoir :
• La direction générale du patrimoine et des archives;
• La direction générale des arts et lettres;
• La direction générale du livre et de lecture
publique.
Ce qui crée, du même coup, trente directions
départementales pour tous les dix départements que compte le pays.
III/-
METHODES DE TRAVAIL DES ACTEURS CULTURELS
Parmi ces méthodes, nous pouvons citer :
- Le
Partage des décisions
En effet, concentrer tout le pouvoir de prise de
décision entre les mains d’un individu est aussi dangereux que travailler en
vase clos.
Voilà pourquoi, pour le classement des sites du domaine
royal de Mbé et de l’Ancien port d’embarquement des esclaves de Loango,
l’expertise de tous les acteurs culturels a été sollicitée.
Toutes les compétences doivent être mises à
contribution. Tout le monde se doit de travailler en équipe et en étroite
collaboration. Les décisions se doivent d’être partagées et transmises d’un
palier à l’autre de l’échelle jusqu’au niveau le plus élevé, le niveau le plus
déterminant de la prise de décision.
- L’utilisation à bon escient des compétences
existantes
Pour travailler en équipe, il faut des
compétences disponibles, des cadres qualifiés. Or, le talon d’Achille ou mieux
le point faible du Ministère de la culture et des arts c’est l’insuffisance des
cadres formés dans le domaine de la conservation du Patrimoine.
Une aide dans le cadre de la formation nous
serait salutaire.
Mais en attendant pour pallier cette difficulté,
les acteurs culturels du Congo ont opté pour deux solutions :
a)- L’initiation
des séminaires de formation dans les départements à l’endroit des potentiels
acteurs culturels :
Etant entendu que des musées doivent être créés
dans les départements où ils n’existent pas encore, ces séminaires visent à
donner à ces acteurs culturels des rudiments nécessaires pour le travail.
Qu’il soit dit en passant que le Directeur
général du patrimoine et des archives et le Directeur des musées et monuments
historiques se démènent depuis un certain pour trouver des financements et
organiser ces genres de formation.
b)- L’utilisation
à bon escient des compétences existantes :
Les nouvelles structures créées nécessitent des
professionnels.
Dans cette optique, des nominations sont en train
de se faire pour mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, et utiliser à
bon escient le peu de cadres formés qui sont disponibles.
c)- Le
recours aux compétences d’autres ministères :
De temps en temps, le Ministère de la culture et
des arts fait recours aux compétences d’autres ministères.
C’est ce qui explique cette collaboration avec : M. Gaspard NGOMA (Directeur d’architecture
au Ministère de l’urbanisme et de l’habitat, avec les compétences du Ministère
de l’économie forestière, avec les professeurs d’Histoire et Géographie de
l’’Université Marien Ngouabi, avec les hommes de la presse (journalistes de la
radio et de la télévision), avec les juristes…
Qu’il soit dit en passant qu’il aurait été préférable
que le Ministère de la culture et des arts ait ses propres communicateurs,
juristes qui travailleraient de façon permanente pour lui, plutôt que de sous-traiter
les cadres qui viennent d’ailleurs.
d)- La
création des antennes de Sida dans les ministères :
Face aux défis du Sida avec les patrimoines, des
antennes du Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS) ont été placés dans
tous les ministères, et plus particulièrement au niveau du Ministère de la
culture et des arts.
CONCLUSION
Toute cette batterie des mesures montrent bien que
les acteurs culturels du Congo ont bel et bien conscience de l’ampleur et de la
difficulté de la mission qui est la leur.
Ils ont le cœur à la tâche.
C’est pour cette raison que plutôt d’attendre des
solutions providentielles, ils essaient avec les moyens de bord qui sont les
leurs de contourner et de vaincre la difficulté.
Pourvu que les autres patrimoniteurs du monde entier
se joignent à leur combat et partagent avec eux cette noble et exaltante
passion.
Louis-Marie
PANDZOU, contribution de 2008.
Médiateur
culturel
Chargé
de la communication
Musée Mâ
Loango de Diosso
Pointe-Noire
Congo
BREF APERCU
HISTORIQUE SUR LE ROYAUME DE LOANGO ET SES DEUX VILLES PHARES
« DIOSSO » ET « LOANGO »
On ne peut pas parler
de Loango et Diosso sans évoquer le Royaume de Loango auquel ces deux
agglomérations appartenaient.
En effet, c’est vers
1490- après avoir découvert l’embouchure du fleuve Congo en 1482 et le grand
Royaume Kongo en 1484- que les Portugais découvrent la baie de Loango (ancien
Port du Royaume).
Vassal du grand Royaume
Kongo, le Royaume de Loango devient indépendant et s’affranchit du Royaume
Kongo auquel il versait autrefois un tribut en 1587.
Le Royaume de Loango
était situé à l’ouest de l’Afrique centrale et s’étendait, à son apogée, du
nord au sud du Cap Lopez (actuel Port Gentil au sud du Gabon) jusqu’à
l’embouchure du fleuve Congo.
En direction de l’est,
il se prolongeait au-delà du massif du Mayombe.
Le Royaume de Loango
était divisé en sept provinces qui sont : Loandjili, Mpili, Tchilunga,
Ngokanu, Yombe, Nkugni-mbanza et Ngokango.
Le Mâ Loango (Roi de
Loango) exerçait une autorité sur les sept provinces. C’est ce qu’illustre le
proverbe vili suivant : « Likanda li koko lisimba mbota
sambwali » (la paume de la main qui tient sept étoiles).
Entre le XVème et le
XVI ème siècle, le Royaume de Loango est une entité pluriethnique. Il est peuplé
des ethnies suivantes :
-
les Yombe, les Kugni, les Vili (du
groupe linguistique Kongo)
-
le Lumbu (du groupe linguistique
Echira).
A côté de ces ethnies,
on trouve aussi la présence des pygmées « Bongo » dont l’influence
est loin d’être négligeable.
Diosso, ou Bwali
(« deux », en langue locale) est la capitale du Royaume.
En fait, de la même
façon que Rome fut fondée par deux jumeaux « Romulus et Rémus », de
cette même façon « Diosso » qui vient de « dios »
(« deux » en langue espagnole) a été fondée par deux hommes.
Loango était le centre
administratif et économique du Royaume, un carrefour commercial important en
tant que point de départ et d’aboutissement d’itinéraires multiples, desservant
une grande partie de l’Afrique centrale ; vers l’intérieur du Royaume et
des royaumes voisins par la piste des caravanes, de Loango à Brazzaville ;
vers le sud-est en direction de Sao Salvador jusqu’à Matamba, vers le sud
jusqu’à Luanda, et vers le nord en direction de Mayumba et de l’actuel Gabon.
Le Port de Loango était
ainsi le carrefour de tous les esclaves originaires d’une partie du Golfe de
Guinée : plus de deux millions d’esclaves ont transité par le site de
Loango.
La piste des caravanes
reliait Bwali ou Diosso au Port de Brazzaville.
Au Port de Loango se
concentraient les hangars et les magasins.
Deux débarcadères
permettaient d’accoster et de décharger les passagers et les
marchandises ; l’un était réservé à l’administration, l’autre aux
entreprises privées.
Loango formait une
agglomération dynamique qui s’efforçait de répondre aux besoins des échanges
commerciaux.
Un centre administratif
y était installé avec un bureau des douanes, un tribunal, une gendarmerie, un
centre postal, un hôpital et une mission catholique.
PRESENTATION DU MUSEE MÂ LOANGO (Pointe Noire, Congo - Brazza)
Le Musée
régional Mâ Loango est situé à 25 km au nord de Pointe-Noire sur la route du
Bas-Kouilou.
Ce bâtiment fut
réalisé en 1952 pendant le règne de Moe POATY III, Mâ Loango ou roi de Loango,
qui régna de 1931 à 1975.
Moe POATY III
intégra le palais résidentiel en 1954 et y vécut jusqu’à sa mort le 03 mai
1975.
Après la mort,
la royauté étant abolie par les autorités congolaises du fait du
marxisme-léninisme, le bâtiment reste inutilisé pendant six (06) ans.
En 1982, sous
la pression des autorités congolaises en général et du Ministère de la culture
et des arts en particulier, l’ex-résidence royale est transformée en l’actuel
Musée Mâ Loango qui sera inauguré le 10 avril 1982 par Jean-Baptiste LOUTARD,
ministre des enseignements secondaire et supérieur, de la culture et des arts
d’alors.
La fonction de
ce musée est de recueillir, de faire connaître et de promouvoir les objets et
les témoignages présentant un intérêt historique, technique, scientifique et
artistique pour les communautés ethniques et sociales, et ce afin d’avoir une
source d’information, d’enseignement et d’éducation sur la culture congolaise.
Ce musée
comprend :
-
Sept (07) salles d’exposition ;
-
Un (01) espace servant de bureau pour l’administration
-
Une (01) salle de réserve où sont stockés les doubles
des objets exposés.
Le Musée Mâ
Loango est un musée historique qui rappelle l’histoire du royaume d Loango et
de la traite négrière.
Il compte dix
(10) collections spéciales qui réunissent près de cinq cents (500) objets constitués
de :
-
Outils de travail agricole (houes, haches,
couteaux…) ;
-
Parures et vêtements traditionnels (pagnes et coiffures
en raphia…) ;
-
Mobilier et ustensiles domestiques ;
-
Armes et pièges traditionnels pour la pêche et la
chasse;
-
Moyens de transport et de communication ;
-
Monnaies et outils d’échange traditionnel ;
-
Objets de culte traditionnel ;
-
Instruments de musique traditionnelle ;
-
Photo (portraits des rois, des Tchikumbi…) ;
- Documents écrits (traités imprimés et manuscrits,
cartes géographiques, passeport français du Mâ Loango…).
Louis-Marie PANDZOU
Licencié en Langue et Littérature Françaises
(Université de Brazzaville, Congo)
Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Brazzaville
(Congo)
Licencié de l’Université de Provence en activités
culturelles et artistiques
Dans le domaine Arts, lettres, langues et civilisation
Professeur certifié des lycées
Membre de l’Association pour la Promotion des Langues nationales (APROLAF)
Enseignant, linguiste et anthropologue
Médiateur culturel
Chargé de la communication
Musée Mâ Loango de DIOSSO
E-mail :
museemaloango@yahoo.fr
Tél. (+242)
538 20 64 / 951 20 36
Pointe-Noire
Congo
LA
PLACE DES LANGUES VEHICULAIRES ET VERNACULAIRES
a)-
Place des langues véhiculaires
Au Congo-Brazzaville,
les langues véhiculaires sont au nombre de deux : le lingala et le kituba.
Elles sont dites aussi
nationales à cause de leur caractère
« atribal » et aussi parce qu’elles sont comprises par la
quasi-totalité des populations du nord au sud du Pays.
Le lingala et le kituba
servent de trait d’union (ou pont) entre les locuteurs des horizons différents, entre deux langues
du pays qui ne sont pas inter compréhensibles.
Ils sont aussi des
langues internationales parce qu’ils débordent le cadre national :
-
Le kituba est parlé au Congo et en RDC.
En RDC, on l’appelle « kikongo ya l’Etat ».
-
Le lingala est parlé au Congo, en RDC et
en Angola.
b)-
Place des langues vernaculaires
Les langues
vernaculaires sont des langues ethniques, parce qu’à chacune d’elles correspond
une ethnie ou une tribu.
Certaines d’entre elles
sont inter compréhensibles quand elles proviennent d’une même souche
linguistique (ex : vili-yombé, soundi-dondo-kamba-hangala, kouyou-mbochi,
téké-gangoulou…).
Les langues
vernaculaires sont des langues du terroir. Elles ancrent de façon très
restreinte l’individu dans un milieu : la tribu, le clan, le village…
Certaines langues
vernaculaires sont transfrontalières : notre Pays les a en partage avec
d’autres Pays frères.
C’est le cas :
-
Vili, pounou, loumbou, bouissi, nzabi,
mbamba, mbeti, teke, bokiba, oumou, kota, fang…qui sont parlées au Congo et au
Gabon.
-
Djem, bakouele, bomouali, lino… qui sont
parlées au congo et au Cameroun.
-
Baya, bandja, moundjombo… parlées au
Congo et en Centrafrique.
-
Yombé, kongo, dondo… parlées au Congo, en
RDC et en Angola.
-
Pahouin ou Fang, parlées au Congo, au
Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale.
Toutes ces langues sont
des langues bantoues.
Exposition d’œuvres personnelles de l’artiste
plasticienne Rhode Bath-Schéba Makoumbou
à l’Institut Français du Congo (IFC - ancien Centre
Culturel Français) à Pointe-Noire, République du Congo.
Peintures et sculptures récentes.
Après une carrière internationale de dix ans avec plus de
deux cent expositions personnelles et collectives dans le monde entier, Rhode
Bath-Schéba Makoumbou présentera du jeudi 19 septembre au samedi 26 octobre une
première exposition dans la capitale économique du Congo.
A l'occasion du Grand Prix des Arts et des Lettres qui lui a
été décerné en 2012 par le Président de la République du Congo, l'artiste a
également été décorée à titre exceptionnel dans l'Ordre du Dévouement Congolais
au grade d'officier le 13 juillet 2013 par le Président Denis Sassou N'Guesso à
l'ouverture du Festival Panafricain de Musique (Fespam).
Elle a un atelier à Bruxelles en Belgique depuis 2004, mais
elle continue parallèlement à travailler à Brazzaville un ou deux mois par an.
Du jeudi 19 septembre au samedi 26 octobre 2013.
Vernissage le mercredi 18 septembre à 19h (sur invitation en s'inscrivant à l'IFC).
Institut Français du Congo (IFC).
Rond-point Kassaï - Pointe-Noire - République du Congo.
Infos : +242 066 46 69 66
Email : direction@ifc-pointenoire.com
Site : http://www.ifc-pointenoire.com
Vernissage le mercredi 18 septembre à 19h (sur invitation en s'inscrivant à l'IFC).
Institut Français du Congo (IFC).
Rond-point Kassaï - Pointe-Noire - République du Congo.
Infos : +242 066 46 69 66
Email : direction@ifc-pointenoire.com
Site : http://www.ifc-pointenoire.com
Site de l'artiste : http://www.rhodemakoumbou.eu
Clip vidéo : http://youtu.be/0xBDuzA7ajI
Pages Facebook et Twitter : Rhode Bath-Schéba
Makoumbou
En pièces jointes : biographie, photos (Photographes :
Baudouin Mouanda et Marc Somville) et un article de Jeune Afrique.
COLLOQUE
INTERNATIONAL DU TRICENTENAIRE DE LA MORT DE KIMPA VITA (1706-2014)
Les participants sur le site de la bataille d'Ambwila, Angola |
Les participants sur le site de la bataille d'Ambwila, Angola |
A l’occasion du tricentenaire (1706-2014) de la mort de
Kimpa Vita, la « Jeanne d’Arc africaine » qui a farouchement
résisté contre la colonisation portugaise, il vient de se tenir un Colloque
international sous le thème « Kimpa Vita : entre Mémoire et Histoire ».
Cette grande rencontre a été organisée à Uige (ville située
à près de 500 km de Luanda en terre angolaise) du 02 au 03 juillet 2014 par
l’Université qui porte le nom de l’héroïne Kimpa Vita.
Deux moments importants ont marqué cette rencontre :
- Le
Colloque proprement dit avec les communications des participants et les débats
fructueux qui s’en sont suivis ;
- La
visite du site de la bataille d’Ambuila (Ambwila) (bataille au cours de laquelle périt le
Souverain et qui sonna le déclin du Royaume de Kongo).
Ce Colloque a réuni plusieurs éminences grises venues
de : Angola, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Sao Tomé
et Principe, France, Portugal, Brésil et Canada.
J’ai eu le bonheur et l’honneur d’y participer et d’y
apporter ma modeste contribution.
Louis-Marie PANDZOU
Enseignant/ Chercheur
Médiateur culturel
Musée Ma Loango de Diosso
Email : pandzoulouis@yahoo.fr
www.h2ogabon.blogspot.com/2012/10/activites-culturelles.html Sur le site de la bataille d'Ambwila, Angola |
Université Kimpa Vita - Uige, Angola |
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Bienvenu(e) sur le site de H2OGabon (ONG).
Nous attendons vos commentaires.