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jeudi 22 mai 2025

L’Environmental Investigation Agency (EIA) et le Journal Le Monde relancent l’affaire Perenco

Lors de l’enterrement sommaire de trois ouvriers de Perenco au Gabon (explosion de la plateforme Becuna), à une date inconnue. Après les protestations de familles, les corps ont été exhumés, puis ramenés à la morgue pour être ensuite enterrés dignement. 

Hubert Chazarenc, décédé sur une plateforme Perenco au Cameroun


Nous reproduisons ci-dessous deux articles du journal Le Monde.

Les affaires troublantes du groupe pétrolier Perenco en Afrique, entre cadences infernales et soupçons de corruption

Par Benjamin Roger et Vanessa Schneider Publié aujourd’hui 21 mai 2025 à 05h30
(Reproduit sur notre blog avec l’aimable autorisation du journal Le Monde)

Enquête

Ce groupe franco-britannique, fondé par une richissime et très discrète famille française, occupe une place importante dans le secteur pétrolier. Mais ses agissements, en particulier en Afrique, mobilisent les ONG et intriguent la justice.

Ce devait être une journée de travail comme une autre, sur la plateforme pétrolière offshore de Becuna, au large des côtes gabonaises. Elle a tourné au cauchemar avec l’un des accidents les plus meurtriers de l’histoire récente de l’industrie pétrolière. Le 20 mars 2024, dans l’après-midi, une forte explosion suivie d’un incendie provoqué par une remontée de pétrole et une fuite de gaz dévaste une partie de ce site exploité par le groupe franco-britannique Perenco. Six employés qui participent à une opération de maintenance – quatre Gabonais, un Camerounais et un Français d’une trentaine d’années – sont tués.

Lors de l’enterrement sommaire de trois ouvriers de Perenco, à une date inconnue. Après les protestations de familles, les corps ont été exhumés, puis ramenés à la morgue pour être ensuite enterrés dignement. DOCUMENT EIA

Dans un rapport que Le Monde a pu consulter, l’Environmental Investigation Agency (EIA), une organisation non gouvernementale d’enquête sur les enjeux environnementaux, pointe la responsabilité de Perenco dans ce drame. D’après ce document sans concession, « deux semaines avant l’explosion, deux dangereuses remontées de pétrole s’étaient produites sur la plateforme », où « des équipements de sécurité essentiels qui auraient pu empêcher l’explosion faisaient défaut ».

Les auteurs du rapport relèvent aussi d’autres manquements. D’après eux, « l’explosion a également été causée par une culture de travail toxique et par la pression considérable que les cadres du groupe basé à Paris et Londres exercent sur les travailleurs afin que la production se maintienne à tout prix ».

Empire discret

Perenco. Ce nom inconnu du grand public est celui d’un empire discret et secret qui se targue d’être le premier groupe indépendant européen. Les chiffres le confirment : Perenco, c’est 8 000 salariés dans 14 pays, une production quotidienne estimée à 500 000 barils, un chiffre d’affaires d’environ 7 milliards d’euros en 2024.

A sa tête, les Perrodo, une famille habituée à fuir la lumière et les sollicitations médiatiques. Le magazine Challenges les classe au quinzième rang des fortunes de France, avec un patrimoine évalué à 9,5 milliards de dollars. Une estimation qu’ils refusent de confirmer. « Nous avons pour règle de ne pas nous exprimer sur des sujets d’ordre privé », déclare au Monde leur chargé de communication, Mark Antelme.

Aux origines de cette entreprise familiale hors norme, Hubert Perrodo, fils d’un modeste marin-pêcheur breton, qui, dans les années 1970, en pleine ruée vers l’or noir, invente un business : racheter à bas prix aux géants du secteur des sites pétroliers dits « matures », autrement dit en fin de vie, pour continuer à les exploiter jusqu’à épuisement. Ce modèle low cost, fondé sur une réduction maximale des coûts de production, permet notamment d’éviter les investissements massifs habituellement nécessaires. « Notre fondateur était un homme en avance sur son temps », proclame le site Internet du groupe Perenco, dont le blason affiche l’hermine bretonne.

Drôle de personnage que cet Hubert Perrodo… Né à Larmor-Baden, le 25 janvier 1944, cet homme au physique carré et au gros caractère ne s’est guère attardé dans son Morbihan natal. Après avoir raté son bac, il part à l’aventure, au Québec d’abord, enchaînant les petits boulots (barman, colporteur, moniteur de voile…) avant de se rendre aux Etats-Unis. En 1967, à bord d’un yacht où il officie comme maître d’hôtel, il fait la connaissance des frères Hunt, deux Américains qui ont fait fortune dans le pétrole et inspiré les personnages de Bobby et J. R. Ewing, les héros de la série télévisée Dallas. Fasciné, l’autodidacte leur demande comment devenir riche à son tour : « Le pétrole ! », lui répondent-ils.

Deux ans plus tard, de retour au pays, le petit Français apprend le métier de foreur au sein de la société Forex, puis à la Comex, où il supervise la plongée offshore. Mais Hubert Perrodo n’a pas l’âme d’un employé. Il entend rouler pour son propre compte, en chef de bande bouillonnant d’idées et d’énergie. Arpentant la planète en quête de puits de pétrole, il échoue en Asie, où il se lance dans la location de barges destinées à rallier les sites en mer. L’affaire capote, mais, à Singapour, il rencontre sa future épouse, Carrie, une mannequin, fondatrice d’une agence de top-modèles. Selon plusieurs sources, la famille de la jeune femme lui aurait apporté les fonds pour mener à bien ses premiers projets dans le pétrole.

A l’occasion de ses pérégrinations, Hubert Perrodo se lie d’amitié avec deux hommes-clés pour la suite de sa carrière. Le premier est l’ancien garde des sceaux Albin Chalandon, président d’Elf Aquitaine de 1977 à 1983, qui lui souffle l’idée d’exploiter les vieux filons d’Elf. Le second est un ingénieur, Jean-Michel Runacher, père de l’actuelle ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. Ce dernier l’aidera à monter ses entreprises, à signer les contrats et à organiser par la suite un système ingénieux en installant les sièges des entreprises dans des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. « Jean-Michel Runacher a été à la fois le protecteur et l’instrument de la réussite d’Hubert Perrodo, raconte un acteur du milieu pétrolier. Sans lui, il n’aurait jamais connu une telle trajectoire. »

L’entrepreneur breton forme avec le père de la future ministre d’Emmanuel Macron un binôme efficace. A compter du milieu des années 1970, Jean-Michel Runacher est de toutes les aventures de Perrodo, de sa première entreprise, en 1975, jusqu’à la création de Perenco, en 1992, où il a exercé de nombreuses fonctions de direction. En 2022, il chapeautait encore le family office, chargé de superviser le patrimoine familial.

Dans les années 1980, la « Françafrique » tourne encore à plein régime. Hubert Perrodo s’y ébroue comme un poisson dans l’eau, développant ses affaires dans plusieurs pays, notamment au Gabon, où il devient un très proche du président Omar Bongo (en fonctions de 1967 à 2009). A force de racheter de vieux champs pétroliers, il conquiert aussi le Cameroun, le Congo, puis la Colombie, et devient ainsi un homme riche. Un ancien cadre refusant que son nom soit cité salue les mérites d’un entrepreneur qui s’est construit à la force du poignet et « a toujours fait confiance aux jeunes, leur permettant de faire de belles carrières ». De fait, le groupe a formé des « Perenco boys », réputés très opérationnels dans le milieu, dévoués corps et âme à l’entreprise.

Art, vin, immobilier

Mais la réussite de l’entreprise finit par attirer la curiosité du fisc français. A la fin des années 1990, les propriétés d’Hubert Perrodo sont perquisitionnées à plusieurs reprises. Même le domicile de sa mère, à La Rochelle, a droit à la visite des enquêteurs. C’en est trop pour l’homme d’affaires. En 2005, il décide de baser sa société au Royaume-Uni – tout en gardant un siège à Paris. Adoptant l’adage « Pour vivre heureux, vivons cachés », Hubert, Carrie et leurs trois enfants s’installent donc à Londres, où ils s’intègrent à la bonne société locale. L’entrepreneur ne sait pas monter à cheval, mais il se pique de devenir champion de polo, un sésame pour pénétrer les cercles mondains londoniens. A 42 ans, il prend des cours tous les matins afin de concourir en championnat au sein d’une équipe qu’il crée de toutes pièces.

Il investit également dans l’art (peintres italiens du XVIIe siècle, dessins de Picasso, tableaux de Manet ou Degas, sculptures de Rodin…) ainsi que dans le vin, avec l’acquisition de grands crus de Margaux, dont le Château Labegorce, où ses enfants se sont mariés. A Londres, il achète plusieurs propriétés dans le quartier huppé de Knightsbridge. Quand ils sont à Paris, les Perrodo vivent près du Champ-de-Mars, dans des hôtels particuliers avec jardin, piscine et terrasse sur les toits. A Courchevel (Savoie), ils ne possèdent pas moins de six appartements et chalets. C’est dans cette station huppée qu’Hubert Perrodo meurt d’un accident de ski de randonnée, le 29 décembre 2006, à seulement 62 ans.

La famille est d’autant plus sous le choc que le self-made-man n’avait pas préparé sa succession, ni rédigé de testament. La répartition de sa fortune restera d’ailleurs longtemps bloquée, jusqu’à ce que l’indispensable Runacher convainque chaque membre de la famille de signer un accord en 2011. En ce qui concerne la gouvernance, ce même Runacher prend les choses en main. Puisque son ami Hubert a transmis 7 % de sa holding logée aux Bahamas à son fils aîné, François, c’est à lui que revient le fauteuil paternel. La cadette, Nathalie, née en 1980, est aujourd’hui chargée des vignobles. Quant à Bertrand, le dernier (1984), un fêtard invétéré, il s’occupe des investissements de la holding familiale.

Bien qu’ayant été élevé dans le luxe comme son frère et sa sœur, François Perrodo a fait des études de physique puis intégré l’Ecole nationale supérieure du pétrole et des moteurs, dans le but de succéder un jour au fondateur. Mais il n’est pas vraiment prêt. Cornaqué par la vieille garde paternelle, ce jeune homme né à Singapour, en 1977, devient néanmoins président de Perenco quelques jours après la mort brutale de son père. Il n’a que 29 ans.

François est un passionné de course automobile. Pilote d’endurance, il participe régulièrement aux 24 Heures du Mans. Entre deux courses, « Fanch » – comme ses proches l’appellent – apprend vite, avec l’aide des hauts cadres de l’entreprise. Dans la droite ligne de son père, il gère l’empire en enchaînant les rachats. « C’est une sorte de Largo Winch, assez charmant, avec un bon contact humain », résume l’une de ses connaissances. Le doublement du cours du pétrole entre 2007 et 2014 lui permet de faire exploser l’entreprise. Il multiplie par cinq la production du groupe en vingt ans. En 2008, il se lance dans l’exploitation sous-marine en rachetant des plateformes situées au large du Brésil, puis en mer du Nord.

S’il poursuit la politique d’internationalisation chère à son père, François Perrodo accroît également ses positions en Afrique centrale. A son tour de cultiver des relations au plus haut niveau avec les dirigeants africains, en particulier Ali Bongo, successeur de son père, Omar, à la tête du Gabon. A Libreville, on raconte que, certaines nuits, le tarmac de l’aéroport était privatisé pour permettre aux deux hommes, Ali et François, de s’amuser avec leurs voitures de course. Mais, business first, François Perrodo a également su tisser des liens avec le général Brice Oligui Nguema, qui a renversé Ali Bongo lors d’un coup d’Etat, en 2023.

« Préjudices écologiques »

Si les succès économiques sont toujours là, ces dernières années, les affaires s’accumulent autour de Perenco, que des ONG qualifient parfois de « charognards » de l’exploitation pétrolière. A force de chercher à produire toujours plus à moindre coût, l’entreprise est suspectée de négliger la sécurité de ses employés et l’entretien de ses infrastructures, parfois vieilles de plusieurs décennies.

Avant l’explosion de Becuna, elle avait déjà connu plusieurs accidents mortels. Fin 2020, Hubert Chazarenc, un Français de 34 ans, est mort en chutant de la plateforme offshore de Dagda, au Cameroun, sur laquelle il travaillait comme foreur. Avant de disparaître, il avait alerté sur ses mauvaises conditions de travail et la cadence infernale imposée par ses employeurs. Depuis, le groupe a reformaté son site Internet en insistant, dès la première page, sur son « engagement envers la sécurité et son sens des responsabilités ».

Bien qu’il assure au Monde que « la préservation et la protection de l’environnement sont partie intégrante de [sa] démarche opérationnelle », le groupe Perenco est dans le viseur d’ONG et d’associations de défense de l’environnement pour des cas de pollution. Pérou, Guatemala, Gabon, République démocratique du Congo (RDC)… Ces dernières années, des fuites de pétrole sur ses sites ou des pratiques de torchage – un procédé très polluant consistant à brûler les excédents de gaz à l’air libre – ont été signalées dans divers pays où le groupe a des filiales, à commencer par le Gabon, fief africain de Perenco, où il est le premier producteur de pétrole devant Total.

« Leurs installations sont hors d’âge !, s’insurge ainsi Bernard Christian Rekoula, un militant écologiste gabonais qui s’est rendu sur de nombreux sites. Leurs têtes de puits sont rouillées, leurs pipelines parfois posés à même le sol. Les fuites sont régulières. Là où ils sont présents, la pollution est récurrente. Avec un impact direct sur les populations locales et l’environnement. »

Certains dossiers ont pris une tournure judiciaire, accentuant un peu plus la pression sur Perenco. En 2019, deux ONG françaises, Sherpa et Les Amis de la Terre, ont engagé une action en justice contre l’entreprise devant le tribunal judiciaire de Paris en raison des « préjudices écologiques » qu’elle causerait en RDC. Le groupe de la famille Perrodo est également visé par deux enquêtes préliminaires du Parquet national financier pour ses activités au Congo. La première concerne des soupçons d’emplois fictifs, la seconde des soupçons de corruption impliquant des membres de la famille du président Denis Sassou Nguesso (au pouvoir de 1979 à 1992, puis depuis 1997). En mars 2023, des policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales ont mené une perquisition au siège français de l’entreprise, dans le 17e arrondissement de Paris.

En ce qui concerne le drame de Becuna, l’ONG Environmental Investigation Agency, mais aussi différentes sources françaises et gabonaises, accuse le pouvoir du général Brice Oligui Nguema, élu président en avril après son putsch de 2023, et ses interlocuteurs de Perenco d’avoir tout fait pour étouffer l’enquête et permettre au pétrolier de poursuivre sans encombre ses activités dans le pays. « C’est totalement faux et diffamatoire ! Depuis la tragédie, Perenco Oil & Gas Gabon travaille en étroite collaboration avec les autorités chargées de l’enquête », répond le groupe au Monde. Pourtant, depuis la catastrophe, malgré une enquête et plusieurs gardes à vue en mai 2024, dont celle du directeur général de Perenco dans le pays, aucune décision de justice n’a été rendue dans cette affaire.

Face à ces mises en cause de plus en plus nombreuses, la direction a une stratégie de défense constante, et jusqu’à présent efficace : affirmer que ses sociétés française et britannique n’ont aucun contrôle sur les activités de ses filiales à l’étranger, ce qui lui permet, selon ses détracteurs, de se dégager de toute responsabilité dans les pays où elle opère. Dans le cas du décès d’Hubert Chazarenc, c’est pourtant bien Perenco qui a proposé à la famille une indemnisation financière.

Un casse-tête pour les ONG

Un casse-tête pour les ONG lui demandant des comptes ainsi que pour la justice française. « Perenco assure n’avoir aucun contrôle sur les activités des filiales du groupe, témoigne l’avocate Théa Bounfour, chargée de contentieux et de plaidoyer à Sherpa. L’enjeu est de voir reconnaître que la société française est responsable des atteintes liées à l’exploitation pétrolière. Cela pourrait ouvrir la porte à des réparations pour les atteintes à l’environnement et aux droits des communautés affectées. »

La famille Perrodo a aussi fait le choix de ne pas introduire son groupe en Bourse. De quoi le dispenser de communiquer sur ses résultats ou ses investissements et contribuer à son opacité. « L’entreprise, qui se compose d’un réseau complexe de holdings interdépendantes souvent enregistrées aux Bahamas et autres paradis fiscaux, garde confidentiels les détails de son actionnariat et de sa structure organisationnelle, indique l’EIA dans son rapport. Bien que cette structure de propriété soit tenue confidentielle, le groupe reconnaît publiquement qu’elle est chapeautée par une société mère ultime, Perenco International Limited », détenue par les enfants d’Hubert Perrodo. Des héritiers qui pourraient bien avoir à sortir de leur légendaire réserve face aux questions de plus en plus pressantes des ONG et de la justice.

Lien vers l’article :
https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/05/21/les-affaires-troublantes-du-groupe-petrolier-perenco-en-afrique-entre-cadences-infernales-et-soupcons-de-corruption_6607447_3244.html

Télécharger en cliquant ici le rapport d’investigation de l’EIA
https://drive.google.com/file/d/1sr1niqQjK4ux8ZAGAy3ONTCw6zHytk8m/view?usp=drive_link


Le silence de la famille d’Hubert Chazarenc contre un chèque : la transaction que voulait conclure le groupe pétrolier Perenco


Ce spécialiste du forage, âgé de 34 ans, a été victime d’un accident mortel, en 2020, sur une plateforme off-shore exploitée par Perenco, au large du Cameroun. Deux ans plus tard, le groupe pétrolier proposait 20 000 euros à sa compagne en échange de sa discrétion.

Le Monde

Publié hier à 16h00, modifié hier à 17h42 Photo de profil non datée d'Hubert Chazarenc sur Linkedin. HUBERT CHAZARENC VIA LINKEDIN
(Reproduit sur notre blog avec l’aimable autorisation du journal Le Monde)

 

Hubert Chazarenc avait 34 ans. C’était un gaillard de 1,90 mètre, musclé, sportif, travailleur, passionné par le forage pétrolier, son métier depuis huit ans. Il habitait à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) avec sa compagne, Lola Guignabert, avec qui il venait de se pacser après quatre ans de vie commune. Le couple avait de nombreux projets. Même s’il aimait le forage, le jeune homme économisait pour s’installer à son compte comme charpentier zingueur au Pays basque.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Les affaires troublantes du groupe pétrolier Perenco en Afrique, entre cadences infernales et soupçons de corruption

Début novembre 2020, lorsqu’il rejoint sa plateforme au large du Cameroun, il promet à sa compagne que ce sera sa dernière mission. Cela fait un an qu’il travaille régulièrement sur ce site, embauché par un sous-traitant pour le compte de la société Petrofor (créée à Nassau, aux Bahamas) sur la plate-forme off-shore du groupe franco-britannique Perenco.

Hubert Chazarenc ne reviendra pas vivant en France. Le 22 novembre, il meurt après une chute de 15 mètres en pleine mer. Le Monde a pu consulter le rapport, accablant, établi deux jours plus tard par la gendarmerie camerounaise. Il fait état d’une saisie tardive des autorités judiciaires, prévenues seulement le lendemain du drame. Plusieurs témoins affirment avoir entendu un cri, puis vu le corps du jeune Français dans une mer rouge de sang. Son casque flottait à ses côtés ; il ne portait ni harnais ni veste de travail.

Cadences infernales, sécurité défaillante

Les enquêteurs constatent l’absence de garde-fous dans la zone où il se trouvait, et la présence d’une « vieille planche graisseuse » sur laquelle il aurait pu glisser. Le rapport, qui conclut à un décès par traumatisme crânien, est accompagné de photos montrant l’état de délabrement du site : structures rouillées, échafaudages bringuebalants.

Hubert Chazarenc avait débuté dans le forage en 2012 au bas de l’échelle, d’abord sur des sites situés en France puis à l’étranger. Ce métier difficile le « passionnait », insiste son ex-compagne, qui l’aidait à réviser pour les examens auxquels les foreurs doivent se soumettre tous les deux ans. Il avait atteint le grade de second de poste.

Sur les plateformes africaines, l’encadrement est confié à des Européens, la main-d’œuvre, peu rémunérée, étant recrutée localement. Pour lui, la paye est bonne : 12 000 euros pour quatre semaines, suivies de trois semaines de repos non payées. Ce salaire lui permet d’économiser pour sa reconversion. Dès le début, il ne cache pas que les conditions de travail sont très dures : cadences infernales, horaires à rallonge, sécurité défaillante.

Dans plusieurs messages envoyés à sa compagne, il semble au bout du rouleau. La veille de sa mort, il écrit : « Ç’a été le feu encore aujourd’hui jusqu’à 19 heures. Ça m’a vidé. » L’avant-veille, c’était l’apocalypse : « On a pris une bulle de gaz dans la gueule, comme dans un film. On y est depuis 15 heures dessus, et à minuit on n’avait pas fini. Bien sûr, zéro pause, pas de café, manger deux gâteaux dans le poste, etc. »

« Il me répétait que rien n’était aux normes, les harnais de sécurité n’étaient pas assez longs pour se rendre dans les endroits où on l’envoyait », se souvient Lola Guignabert, qui vit désormais à l’étranger. Lui qui était si dur au mal revenait au pays épuisé et amaigri. « Le médecin lui a prescrit des antidépresseurs, car il n’arrivait pas à dormir, poursuit la jeune femme. Après le Covid, Hubert ne voulait plus repartir, ses copains lui disaient de ne pas y retourner, mais il a finalement accepté une dernière mission. »

« Ultime contre-proposition »

Après le drame, sa famille a dû attendre douze jours pour récupérer le corps. Elle a aussi reçu un courrier de condoléances laconique de Petrofor. Dévastés, les parents acceptent de témoigner devant l’équipe de « Complément d’enquête », qui consacre une émission au groupe Perenco en novembre 2021. Leur témoignage n’est pas du goût de la société, laquelle les approche par l’intermédiaire du cabinet d’avocats de la famille, situé à Pau.

En février 2022, Lola Guignabert reçoit du cabinet Darmendrail & Santi le courrier suivant : « La société Perenco formule une proposition amiable de 20 000 euros. Certes, cette proposition peut sembler faible. Pour autant, elle est en réalité intéressante compte tenu de la situation juridique (compagne pacsée, pas d’enfant et contrat de travail avec un sous-traitant étranger). »

Les avocats soulignent que « les juges français ne sont pas compétents » et qu’« une procédure judiciaire au Cameroun n’a aucune chance d’aboutir sérieusement (…). Nous pouvons, si vous en êtes d’accord, formuler une ultime contre-proposition à hauteur de 23 000. Toutefois, il n’est pas certain que Perenco acceptera ».

Dans un autre e-mail, daté du 25 février 2022, le cabinet est plus explicite encore : « Comme nous vous l’avons expliqué, le versement d’une somme à titre transactionnel entraîne nécessairement la signature d’un accord dans lequel les parties s’engagent à respecter la confidentialité et à ne pas se dénigrer. » En clair : le silence contre un chèque. Pour Lola Guignabert, ce sera non : à ses yeux, la vie d’Hubert Chazarenc « valait bien plus qu’une voiture ».

Lien vers l’article :
https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/05/21/le-silence-de-la-famille-d-hubert-chazarenc-contre-un-cheque-la-transaction-que-voulait-conclure-le-groupe-petrolier-perenco_6607639_3244.html


vendredi 9 mai 2025

La RSE selon Perenco

Pollution pétrolière au Gabon - source Disclose


Pour le groupe Perenco, opérateur pétrolier devenu dominant au Gabon grâce à une politique d’acquisitions successives, peu importe les pollutions intempestives, l'explosion d'une de ses plateformes de production, des morts, pas de RSE, et peu ou pas de protection de l'Environnement et de la Nature, la devise : PRODUCTION À TOUT PRIX.

 

Perenco, entreprise franco-britannique opérant au Gabon, est régulièrement critiquée pour ses pratiques environnementales et son manque de responsabilité sociale. Les incidents de pollution se sont multipliés ces dernières années, suscitant l'indignation des communautés locales et des organisations de la société civile.

 

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Pollutions récurrentes et incidents majeurs

 

Depuis 2012, Perenco est accusée de multiples pollutions dans des zones sensibles comme la lagune de Fernan Vaz. Des fuites de pipelines ont été signalées à Moba et Olendé en 2022, entraînant des déversements massifs d'hydrocarbures et des dommages considérables aux écosystèmes locaux. [1]

 

En 2021, une nouvelle pollution a été signalée dans la zone Onguendjo-Batanga, avec des appels à la démission de responsables gouvernementaux pour leur inaction face à ces incidents répétés. [2]

 

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🛑 Absence de responsabilité sociale et environnementale

 

Les critiques envers Perenco soulignent un manque de transparence et une gestion déficiente des risques environnementaux. L'entreprise est accusée de ne pas respecter les normes environnementales et de négliger les impacts de ses activités sur les communautés locales. [3]

 

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🌍 Pratiques polluantes et torchage du gaz

 

Perenco est également critiquée pour ses pratiques de torchage du gaz, une méthode consistant à brûler l'excédent de gaz, entraînant une pollution atmosphérique significative. Cette pratique est répandue sur ses sites au Gabon et au Cameroun, malgré les engagements internationaux visant à réduire le torchage de routine. [4]

 

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📣 Mobilisation citoyenne et actions en justice

 

Face à ces pratiques, des organisations comme H₂O Gabon et le Réseau des organisations libres pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG) ont porté plainte contre Perenco pour pollution et destruction d'écosystèmes. Des manifestations ont également eu lieu, notamment à Port-Gentil, où des populations ont protesté contre les pollutions causées par l'entreprise. [5]

 

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🧭 Perspectives et recommandations

 

Il est crucial que les autorités gabonaises renforcent la réglementation environnementale et exigent des entreprises comme Perenco une gestion responsable de leurs activités. La mise en œuvre effective du principe de "pollueur-payeur" et la transparence dans les opérations sont essentielles pour protéger l'environnement et les communautés locales.

 

--- Citations:

1. Blog officiel de l'ONG H₂O Gabon: h2ogabon.blogspot.com/2022/05/alerte-apres-le-terminal-de-cap-lopez.html

2. Blog officiel de l'ONG H₂O Gabon: h2ogabon.blogspot.com/2021/02/nouvelle-pollution-de-perenco-dans-la.html

3. Blog officiel de l'ONG H₂O Gabon: h2ogabon.blogspot.com/2023/06/perenco-gabon-est-une-nouvelle-fois.html

4. Blog officiel de l'ONG H₂O Gabon: h2ogabon.blogspot.com/2023/12/dans-le-bassin-du-congo-les-sites-de.html

5. Gabonreview.com | Actualité du Gabon |: www.gabonreview.com/pollution-a-etimboue-sit-in-des-populations-a-perenco-port-gentil/?utm_source=chatgpt.com


Pour en savoir plus sur les actions de l’ONG H₂O Gabon et les incidents liés à Perenco, vous pouvez consulter leur blog officiel : [h2ogabon.blogspot.com](https://h2ogabon.blogspot.com/)


Cet article rédigé par ChatGPT, entrainé sur la base documentaire produite par l’ONG H₂O Gabon.


dimanche 2 juin 2024

Réunion de concertation sur les problèmes du secteur pétrolier à Port Gentil

 

Henri Auguste et Georges Mpaga
Capture d'écran - @Peter Akewa 


À l'invitation de Monsieur G. MPAGA, 1er secrétaire du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE), HO GABON a participé à une réunion de concertation suivie d'une conférence de presse, le Samedi 01 Juin 2024 à 14h00, au siège de L'ONEP à Port-Gentil. 

Ont été conviés les membres du Conseil National de la Société civile de l'Ogooué Maritime (CONASES), les ONGs /associations et acteurs pro- démocratie, les représentants des travailleurs du secteur pétrolier, sous-traitants et opérateurs ainsi que les familles des victimes de l'accident de la plateforme Becuna sans oublier la presse locale.

En mission de plaidoyer et de dialogue citoyen avec les parties prenantes dont les acteurs clés de la province.

Henri Auguste, Président de H
O GABON, a délivré un message fort au chef de l’Etat sur la situation de la société PERENCO Oil and Gas Gabon.












dimanche 5 mai 2024

Nos dernières interventions sur Africa N°1 et KoboloNews






La radio Africa n°1 renait de ses cendres sous le nom de Africa Radio.


Le 19 Avril 2023 : Plastiques et Urbanisme : cliquer ici 

Le 23 Avril - 1ère intervention - climat et pluies : cliquer ici
Le 23 Avril - 2ème intervention - climat et pluies : cliquer ici 

                                                            Le 08 Mai - Plastiques et Climat : cliquer ici



Sur Kobolo News, Explosion sur la plateforme Becuna de Perenco Oil and Gas Gabon

Cliquer ici 11 Avril 2024
Cliquer ici 13 Avril 2024





lundi 8 avril 2024

Hommage à l'ONEP le 30 Mars 2024 aux martyrs du pétrole de Perenco - nos dernières vidéos

 


Partie 1






Partie 2

L'accident mortel de la plateforme Becuna de Perenco pose de nombreuses questions d'intérêt national et international

 

La lecture d’articles de la presse spécialisée anglosaxonne est plus instructive que la presse nationale gabonaise. Nous avons en particulier détecté deux articles (liens ci-après) que nous vous invitons à lire. Ces articles bien documentés nous invitent à poser les questions suivantes pour orienter les débats.



Source : Offshore Energy

Source : Google Maps

La plateforme Becuna est située sur le champ pétrolière Simba, au large de Bango / Ezango.

En complément des questions directes posées au management de Perenco dans le premier article, ci-joint nos questions (non exhaustives) pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette catastrophe :

Le swap d'actifs entre les opérateurs Tullow Oil Gabon et Perenco Oil and Gas Gabon en Avril 2023 a-t-il changé le statut en terme d’assurance de la plateforme Becuna, sur le champs pétrolifère Simba ?
En termes plus clairs, Perenco Oil and Gas Gabon est elle assurée contre ce risque ? Si oui, quelle compagnie assure la société Perenco Oil and Gas Gabon ? Si Perenco Oil and Gas Gabon n’est pas assurée, saura t’elle capable de couvrir toutes les charges financières liées aux dégâts de ce nouvel accident majeur qui était malheureusement attendu ?

Pourquoi Perenco est-elle autorisée à utiliser des opérateurs de contrôle non IACS, alors que les majors pétroliers utilisent des sociétés d'audit IACS ?

Existe-t-il un tracé à jour des pipelines reliant les champs pétroliers offshore et onshore vers les terminaux pétroliers de Port Gentil et de Gamba ? Dans quel état sont-ils ?

L'explosion puis l'incendie et l'exploitation de plateforme Becuna ont-ils été stoppés ? Quand ? Quelles quantités de brut ont été déversées en mer ? Quelles mesures ont-elles été prises pour canaliser la pollution marine ? Comment cette pollution marine a-t-elle été traitée ? Cette pollution pétrolière est-elle la seule cause de l'interdiction de la pêche dans la zone de l'estuaire de Libreville décrétée par le gouvernement ? L'AGASA qui est en charge des biopsies des poissons morts a-t-elle l'équipement nécessaire pour analyser rapidement un échantillon significatif ? Dans quel délai fournira t'elle ses conclusions au public ?

En attendant, les populations locales sont privées de leur source de nourriture principale. Comment gèrent-elles cette situation ? Se retournent vers des ressources carnées ? A quel prix ? Quelles sont les aides fournies par le gouvernement ? Quelles sont les aides accordées aux pêcheurs qui ont perdu leur activité ? Quand est-il de l'impact sur l'eau potable pour la population de Libreville ? Le poisson vendu à Port Gentil est-il aussi susceptible d'être contaminé ? Quelles sont les conséquences de cette contamination sur la santé des populations ?

Comment s'assurer que les organismes de contrôle vont protéger efficacement les populations, la faune et la flore ?

Au final, comment estimer les dégâts financiers, humains et environnementaux causés par cet énième accident pétrolier au Gabon sur une plateforme pétrolière gérée par l'opérateur low cost Perenco ? Le Gabon pourra t’il enfin faire appliquer le principe du Pollueur Payeur, qui fait partie intégrante des lois gabonaises ?


Le Gabon pourra t'il être rendu responsable d'une pollution pétrolière impactant la Guinée Equatoriale, et tout le golfe de Guinée ?

Si vous avez des éléments qui nous permettent de mieux comprendre cette situation, contactez-nous.
Notre email : h2ogabon@yahoo.fr. Votre anonymat est garanti.


Nos sources :

https://www.bairdmaritime.com/work-boat-world/offshore-world/column-perencos-shame-and-gabons-lax-standards-a-fatal-combination-offshore-accounts

https://www.offshore-energy.biz/two-oil-gas-players-engage-in-asset-swap




dimanche 31 mars 2024

samedi 23 mars 2024

Accident mortel sur une plateforme offshore de l’opérateur low cost Perenco





L’opérateur low cost Perenco, connu pour ses pratiques de production sur le fil du rasoir, vient de subir un nouvel incident de production majeur le 20 mars sur la plateforme Becuna, entraînant 5 morts, deux blessés graves et une personne disparue.

C’est l’accident pétrolier le plus grave du Gabon depuis les années 1980 et probablement depuis le début de la production pétrolière au Gabon dans les années 1950.

Nous demandons une enquête indépendante sur cet accident majeur.

Face à l’hostilité qui monte à Port Gentil contre cette société et les responsables politiques et médias qui sont intervenus avec nonchalance, nous demandons l’érection d’une stèle à Port Gentil en hommage aux disparus, avec la reconnaissance de la Nation.

Nous nous inclinons devant les familles des disparus et blessés.


 

Vidéos :

Feu sur la plateforme Becuna





Pollution marine récente



 

 

Pour aller plus loin – à lire sur notre blog

https://h2ogabon.blogspot.com/2021/01/perenco-au-gabon-une-longue-histoire-de_23.html
https://h2ogabon.blogspot.com/2021/04/le-systeme-perenco-le-profit-tout-prix.html
https://h2ogabon.blogspot.com/2022/04/alerte-nouvelle-pollution-de-perenco-au.html


lundi 11 mars 2024

Le Guatemala dit enfin adieu au pétrolier franco-britannique Perenco (Reporterre, le média de l'écologie)

 

Le Guatemala dit enfin adieu au pétrolier franco-britannique Perenco

Reporterre – le média de l’écologie
Par Mikaël Faujour

6 mars 2024 à 09h25
https://reporterre.net/Le-Guatemala-dit-enfin-adieu-au-petrolier-Perenco



Perenco au Guatemala, c’est fini. La compagnie franco-britannique va cesser d’exploiter le pétrole et de détruire l’environnement du pays : le nouveau gouvernement de centre-gauche ne va pas renouveler son contrat.

C’est une des premières décisions fortes du nouveau gouvernement du Guatemala, dirigé depuis mi-janvier par Bernardo Arevalo (centre-gauche). Trois semaines après le début de son mandat, le ministre de l’Énergie et des Mines a annoncé que le contrat d’exploitation pétrolière de Perenco ne sera pas renouvelé. La décision tranche avec l’histoire, cousue d’irrégularités, qu’a exposé une enquête de Reporterre, de la compagnie franco-britannique au Guatemala. Celle-ci avait sans cesse été soutenue par les autorités.

Ce pays de 14 millions d’habitants peut dire adieu aux forages et torchères de cette major, et à leurs corollaires : la destruction, depuis un quart de siècle, de la deuxième plus grande zone humide d’Amérique latine et celle de la santé des habitants. Un exemple ? Dans le nord du pays, près de forages du Campo Xan gérés par l’entreprise, « 30 % des grossesses se terminent par un décès à la naissance », s’alarmaient trois ONG en 2015 dans une lettre au Conseil des droits de l’Homme de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Lire aussi : Le pétrolier franco-britannique Perenco dévaste le Guatemala

Deuxième groupe pétrolier français, Perenco a fait la fortune de la famille Perrodo (classée quinzième de France par Challenges en 2022) grâce à une spécialité : le rachat de puits considérés comme n’étant plus rentables afin d’en prolonger l’exploitation. C’est en 1999 qu’il avait acheté la concession guatémaltèque, qui courait jusqu’en 2010. À l’approche de son expiration, elle avait été prolongée de quinze ans par le président Álvaro Colom (centre-gauche). Une décision suspecte : trois ministres et le Conseil national des zones protégées (Conap) s’y étaient opposés, et aucune étude d’impact environnemental — pourtant obligatoire — n’avait été présentée.



Anciennes concessions pétrolières de Perenco en Amazonie. DR

En outre, Perenco enfreint une loi environnementale — comme dans bien des pays où il opère — car le site d’exploitation se trouve au cœur du parc national Laguna del Tigre, zone déclarée protégée en 1989 où sont interdites les activités humaines, à plus forte raison industrielles.

Une énième prolongation

Cela n’a pas empêché le président sortant, Alejandro Giammattei Falla (droite), un oligarque proche des milieux d’affaires, de tenter de prolonger la concession une fois de plus. Il fallait pour cela modifier la loi des hydrocarbures, qui n’autorise qu’une seule prorogation d’une durée de quinze ans – déjà accordée en 2010. Conçu pour ne bénéficier qu’à l’entreprise, le texte proposé au Congrès par le parti présidentiel a été aussitôt baptisé « loi Perenco » par ses opposants.

Il proposait que les contrats d’opérations pétrolières puissent être prolongés de vingt-cinq ans et sans appel d’offres jusqu’à atteindre « la limite économique du gisement ». C’est-à-dire le stade où « les coûts récupérables », à savoir les investissements réalisés par l’entreprise et remboursés par l’État, ne sont plus rentables.


Lire aussi : 
Au Guatemala, le pétrolier franco-britannique Perenco fait sa loi

Approuvé par le Congrès lors des deux premières lectures, le texte n’a pu faire l’objet d’une dernière lecture. Le parti du président avait pourtant tenté de hâter le vote de la loi avant le terme de la législature (en janvier 2024) – y compris en tentant d’acheter des votes, comme l’ont dénoncé des députés de l’opposition.

Perte d’argent pour l’État

Avec le renouvellement du Congrès et du président de la République, entrés en fonction en janvier 2024, le vent a tourné. Ainsi, le président de la commission de l’Énergie et des Mines et député du parti Vos (centre-gauche), Orlando Blanco, a-t-il signalé que, depuis 2014, le contrat de Perenco engendre des pertes pour l’État : « L’activité pétrolière de Perenco a généré 2,615 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros) ; l’État a perçu 713 millions de dollars (657 millions d’euros) de redevances, mais a rendu à l’entreprise 896 millions de dollars (826 millions d’euros) » en raison du dispositif de « coûts récupérables ».

La fin des opérations de Perenco est donc prévue au terme du contrat, soit le 12 août 2025. Une table ronde réunira notamment le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles et le Conap afin, a annoncé le ministre de l’Énergie et des Mines Víctor Hugo Ventura, « d’analyser les étapes à suivre, d’assurer que la transition soit adéquate et que soient prises les mesures nécessaires dans le processus de fermeture ».

La multinationale, qui a extrait plus de 90 millions de barils de pétrole des terres du pays, a commencé dès juin 2023 à abandonner ses puits. À ce jour, 46 puits sur 59 sont encore actifs.

mardi 12 décembre 2023

Dans le bassin du Congo, les sites de Perenco polluent gravement l’air





https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/111223/dans-le-bassin-du-congo-les-sites-de-perenco-polluent-gravement-l-air


Série Épisode 2 EP. 2 Perenco : les abus d’un géant du pétrole

Dans le bassin du Congo, les sites de Perenco polluent gravement l’air

Au Cameroun et au Gabon, les sites d’extraction de la multinationale Perenco pratiquent le torchage, ce procédé consistant à brûler l’excédent de gaz. Malgré la régulation en vigueur, l’air s’en trouve gravement pollué, causant l’inquiétude et le désarroi des habitants.

Philomène Djussi, Ghislaine Digona, Timothy Shing, Madeleine Ngeunga (InfoCongo), Dorian Cabrol et Alexandre Brutelle (EIF)

11 décembre 2023 à 11h51

Au cœur de la forêt de Bipaga, sur la côte atlantique du sud du Cameroun, aux abords de Kribi, se trouve l’usine de traitement de gaz de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Elle est exploitée par la multinationale franco-britannique Perenco, qui représente un peu moins des trois quarts de la production pétrolière nationale (72 %) en 2023 et produit la quasi-totalité du gaz du pays.

Au milieu des infrastructures métalliques étalées sur 22 hectares s’élève un conduit de près de 50 mètres de haut d’où brûle une flamme jaune vif d’intensité variable. Dès les premiers jours de sa mise en activité, courant 2018, cette torchère avait semé la panique chez les habitants d’Eboudawae, un village situé à quelques centaines de mètres de l’usine.

« Quand ils ont vu les flammes, les soldats du BIR (Bataillon d’intervention rapide) ont fui. Ils sautaient de leurs postes » relate Anne*, une habitante voisine de l’installation, à notre partenaire local InfoCongo. D’autres se souviennent de « secousses » sismiques. Seule une source informelle confiera plus tard à certains habitants que la société brûle « des déchets », sans s’étendre sur les détails.

Une vue sur la torchère de Bipaga depuis la plage de Londji, au Cameroun, en 2023. © Photo InfoCongo

Ce procédé porte un nom bien précis, il s’agit du torchage de gaz. Une pratique propre au secteur des énergies fossiles qui consiste à brûler les excédents de méthane issus de l’exploitation de gaz et de pétrole. Elle est décriée depuis plusieurs années, aussi bien par la communauté scientifique que par de nombreuses institutions internationales. En cause, les lourds impacts écologiques, sanitaires et énergétiques qui lui sont attribués.

La Banque mondiale est d’ailleurs à l’initiative du traité « Zero Flaring Routine » (zéro torchage de routine), lancé en 2015, que le Cameroun et le Gabon ont signé aux côtés de dizaines d’États, d’institutions publiques et d’opérateurs financiers, engagés à mettre fin aux situations de torchage injustifié dans les années à venir.

Un objectif partagé par Perenco, selon son porte-parole, qui évoque « un plan d’action 2030 pour le Climat et la Transition énergétique, dans lequel Perenco a déclaré qu’il visait zéro torchage de routine », d’ici cette date. Un horizon qui semble encore lointain pour les populations camerounaises et gabonaises qui se disent affectées par cette pratique.

Des flammes de jour comme de nuit depuis dix ans

L’activiste franco-gabonais Bernard Christian Rekoula, questionné par Mediapart sur sa première visite des sites Perenco sur les côtes gabonaises, courant 2020, reste saisi par son souvenir d’Etimboué, sur le littoral au sud de Port-Gentil. « L’air proche des têtes de puits de pétrole et des torchères était suffocant. Quand nous avons découvert la zone d’Etimboué où opère Perenco, il y avait des villages entiers quasiment irrespirables à cause de fortes émanations de gaz », confie le lanceur d’alerte, aujourd’hui réfugié en France.

Bernard Christian Rekoula parle d’un torchage « continu », un témoignage similaire à celui de Pierre Philippe Akendengué, un vétéran du groupe Perenco, pour lequel il a travaillé dix-sept ans avant d’entamer un parcours politique comme député de la région, en 2018. « À Oba, on fait du torchage de gaz. À Batanga, sur la plus grande station Perenco du Gabon, on en fait aussi. C’est régulier, non-stop, même en mer » souligne l’ancien élu, retourné à la vie civile après le coup d’État du 30 août dernier. « Les villages empestent le gaz », poursuit-il, décrivant la pollution ininterrompue des torchères de Perenco, de jour comme de nuit.

Au Cameroun également, le groupe torche continuellement, comme le confie un ancien ingénieur de la multinationale, évoquant des torchères « réparties sur tous les sites de Perenco » et actives « sans arrêt, vingt-quatre heures sur vingt-quatre ». Un témoignage à rebours d’une étude environnementale cosignée par Perenco en 2006 sur l’usine de Bipaga, qui mentionne bien une activité de torchage, mais limitée « au rejet accidentel » ou à des cas de « dysfonctionnement », en vue de « limiter la production de gaz à effet de serre ».

Cette pollution de l’air du groupe Perenco dans ces deux pays est loin d’être exceptionnelle. On décompte 380 actes de torchage, selon les données satellites fournis par l’ONG américaine Skytruth et analysées par notre partenaire Environmental Investigative Forum (EIF), consortium international d’enquête environnementale. EIF a pu évaluer que le torchage de Perenco a entraîné l’émission d’au moins 33,8 millions de tonnes de CO2 au Gabon et au Cameroun sur une période de dix ans. À quel prix pour la faune, la flore et les populations locales ?

Omerta sur les risques environnementaux et sanitaires

Dans le département camerounais de l’Océan, où se trouve l’usine de Perenco, le délégué du ministère de l’environnement Benjamin Hamann se veut rassurant : « Les plateformes [offshores − ndlr] sont très bien surveillées. La flamme respecte les normes standards. Si les normes devaient être dépassées, nous serions au courant, mais l’entreprise fait des efforts pour s’y conformer », assure-t-il, sans plus de précisions sur les normes en question ou la légalité de ces torchères.

Le torchage est pourtant reconnu comme une cause d’acidification des milieux marins et terrestres pouvant nuire aux écosystèmes qui s’y trouvent, comme l’ont démontré de nombreuses études scientifiques menées au Nigeria - l’un des plus grands « torcheurs » de la planète. Or, c’est aussi à proximité du parc national Ndongere et de l’estuaire du Rio Del Rey, deux aires protégées riches en forêts de mangroves du littoral camerounais, que Perenco torche régulièrement.

Au Gabon, près de dix aires protégées sont également concernées, selon notre partenaire EIF. Au total, 74 sites naturels sont occupés par Perenco à travers le monde, comme le révélait Mediapart dans sa précédente enquête sur le groupe. Sur la question sanitaire, là encore, c’est l’omerta pour les populations qui vivent à quelques kilomètres – parfois à quelques centaines de mètres - des torchères dans ces deux pays. De jour comme de nuit, hommes, femmes et enfants inhalent une atmosphère chargée en composants dont ils ignorent les risques sur leur santé.

À quatre kilomètres des licences de Perenco, des natifs du village camerounais de Londji font part de leur inquiétude. Depuis une plage, ils observent chaque jour l’une des torchères de Perenco. « Quand vous arriverez là-bas, vous verrez le tuyau. Il en sort une fumée noire. Nous ne savons pas si cela impacte la santé de nos enfants », s’inquiète Matthieu Ndembo, 38 ans. Certains habitants suspectent un lien entre les activités des entreprises pétrolières et des « pathologies survenues au cours des dernières années » – en particulier chez les plus jeunes. Mais dans l’unique centre de santé de cette localité camerounaise, le personnel refuse de commenter cette question.

Babiene Sona, avocat spécialiste des normes socio-environnementales de l’industrie pétrolière, est catégorique : « Le torchage du gaz n’est pas acceptable, il contribue à la pollution dans les communautés où le pétrole est exploité. » Il mentionne aussi des « maladies de la peau » liées à ce procédé industriel.

Maladies respiratoires et hématologiques, cancers, mais aussi problèmes cardiaques et morts prématurées figurent parmi les risques sanitaires associés au torchage, selon la communauté scientifique internationale. Une étude publiée en 2022 démontre par ailleurs les effets néfastes du torchage sur la santé humaine à partir d’une proximité de 60 km d’une torchère.

Mais selon la multinationale, ses activités ne présentent « aucun problème pour la santé des populations ». Le groupe estime même apporter « une contribution positive à la santé des communautés proches de ses opérations » et indique investir dans des programmes visant à « renforcer la capacité et la qualité des structures de soin locales ».

Perenco souligne l’aspect « crucial » de sa contribution aux systèmes de santé et dit soutenir des « projets majeurs » au travers de « soutiens infrastructurels, de formations des personnels médicaux et de la facilitation de l’accès aux soins pour les communautés isolées ». À titre d’exemple, un porte-parole mentionne le développement de « laboratoires de dépistage lors de la pandémie de COVID-19 », qui seront prochainement reconvertis pour tester la tuberculose.

Torchage « interdit » - sous conditions

Au Cameroun, la loi mentionne des autorisations possibles de torchage à titre exceptionnel, lorsque des difficultés techniques et économiques le justifient et pour une durée « qui ne peut excéder soixante jours », sous peine de sanctions financières. Une fréquence maximale que dépasse largement Perenco dans le pays, aux dires des témoignages réunis par InfoCongo et des données analysées par l’EIF.

Une étude d’impact environnemental doit en outre être fournie par l’exploitant afin de minimiser les risques associés au torchage. Le Gabon interdit quant à lui explicitement le torchage depuis 2019 - sauf autorisation spéciale du ministère chargé de la préservation de l’environnement.

Les autorités camerounaises et gabonaises, sollicitées par Mediapart, n’ont pas souhaité répondre à nos demandes de consultation des études environnementales et des autorisations de torchage en question, pour ce qui relève des blocs pétroliers opérés par Perenco.

En République démocratique du Congo (RDC), c’est dans un contexte similaire d’autorisations environnementales invérifiables, d’interdiction de torchage et d’extraction sur des aires protégées que les ONG Sherpa et les Amis de la Terre avaient choisi d’assigner Perenco en justice pour « préjudice écologique ». Procédure que le groupe n’a pas souhaité commenter.

Au contexte propre à la RDC s’ajoutent de nombreux impacts sanitaires et environnementaux, en tout point similaires à ceux documentés par l’activiste Bernard Christian Rekoula au Gabon, mais aussi par les médias Investigate Europe et Disclose, dans le cadre de leur enquête « Perenco Files ». Le volet Gabon des « Perenco Files » révélait, entre autres, près de 17 faits de pollution auxquels viennent s’ajouter 187 actes de torchage que révèlent aujourd’hui Mediapart et ses partenaires, dans ce seul pays.

Pourtant, le porte-parole du groupe l’assure : « Perenco adhère à toutes les régulations locales et aux meilleurs standards internationaux, partout où elle opère, et ce avec les autorisations nécessaires », sans toutefois nous transmettre ces dernières. « Il y a du torchage parce qu’il n’y a pas de marché du gaz ou de solution technique appropriée », explique aussi le groupe à Mediapart, mettant en avant sa démarche et ses efforts au Gabon. À lire aussi

Pour preuve, le développement à venir d’une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) sur le terminal pétrolier du cap Lopez à Port-Gentil prévu pour 2026. Un projet capable de « réduire le torchage de 500 millions de tonnes de méthane ». Le GNL est une technologie jugée « complexe » et dont les avantages environnementaux seraient douteux. En effet, ce procédé serait « deux à trois fois plus émetteur de CO2 qu’un gazoduc classique », comme le rapportaient nos confrères du journal Le Monde en 2022.

Dans l’attente de la réalisation de ce projet, Perenco semble pourtant déjà satisfait de ses résultats au Gabon, affirmant que 70 % du pays « est alimenté par le gaz des champs de Perenco qui aurait été brûlé autrement », ce qui laisse entendre que les activités de torchage du groupe n’empêcheraient pas un bénéfice énergétique considérable pour le pays. Un chiffre contredit par l’agence Ecofin selon laquelle le pays ne produirait que « 20 % du gaz consommé sur place », ce qui revient en réalité à seulement 14 % de la consommation énergétique locale assurée par Perenco.

Le Gabon et le Cameroun figurent tous deux dans la liste des 30 pays torchant le plus au monde, selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2023. Perenco serait à l’origine de plus de 90 % des volumes de gaz torchés au Cameroun, et de près de 60 % au Gabon, selon les données analysées par l’EIF. Au niveau mondial, le torchage représente un manque énergétique considérable. Puisque selon la Banque mondiale, les 140 milliards de mètres cubes de méthane brûlés chaque année suffiraient à couvrir les besoins énergétiques de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.

Philomène Djussi, Ghislaine Digona, Timothy Shing, Madeleine Ngeunga (InfoCongo), Dorian Cabrol et Alexandre Brutelle (EIF)

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