samedi 14 mars 2026

Le quartier Côte d’Azur pollué à Port Gentil – Exposé des faits et Analyse critique de l’intervention de Total Gabon EP

 

source : Gabon Mail Infos


source : L'Union


Récapitulatif des faits de l'accident pétrolier du 24 février dernier : une pollution de brut s'est répandue dans le quartier de la Côte d'Azur. Le responsable est Total Gabon EP.

 

I. Contexte général de l'incident

Un déversement de brut s'est produit le 24 février dans le quartier de la Côte d'Azur à Port Gentil (Gabon). L'exploitant responsable est Total Gabon EP. Cet incident s'inscrit dans un contexte plus large : l'industrie extractive (pétrole, gaz, charbon, minerais) demeure le secteur d'activité humaine le plus polluant depuis plus d'un siècle. Les incidents de production sont donc consubstantiels à l’activité d’extraction. Il convient de les maitriser avec efficacité pour limiter les risques sanitaires et environnementaux. C’est l’objet des normes QHSE auxquelles ces sociétés sont assujetties.

 

II. Infrastructure affectée et contexte technique

A. Identification du pipeline

Selon les sources consultées et les informations de terrain, la rupture affecte le pipeline reliant le champ d'Anguille (offshore) au terminal pétrolier de Cap Lopez, opéré par Perenco Oil & Gaz Gabon. Le sous-sol de Port Gentil est traversé par un réseau multiple de pipelines (dont 3 pipelines accolés vers Cap Lopez) transportant du brut gabonais à haute teneur en paraffine, nécessitant une station de pompage et de réchauffage pour son acheminement vers le terminal.

B. Causes possibles de la rupture

Deux hypothèses sont envisagées :

  • Formation d'un bouchon de paraffine (crude buildup) créant une surpression,
  • Dégradation d'une bride de connexion associée au vieillissement des installations et d’une surpression.

 

III. Évaluation critique de l'état des infrastructures

Questions essentielles sans réponse :

Aspect technique

Question

Implications

Âge des pipelines

Remplacement depuis les années 1960 (début de la production) ?

Usure de ~60 ans potentielle

Protection anti-corrosion

État du revêtement résiduel en milieu salin ?

Intégrité structurelle compromise ?

Épaisseur d'acier résiduelle

Mesures d'épaisseur après ~60 ans d'exploitation ?

Capacité résiduelle de charge ?

Débit nominal

Quel est le débit opérationnel du pipeline ?

Calcul des volumes déversés

Instrumentation moderne

Installation de capteurs de pression (technologie récente) ?

Détection précoce des anomalies

Maintenance préventive

Dates des derniers contrôles et maintenances ?

Respect des normes de sécurité

Signes avant-coureurs

Déformations, suintements documentés avant rupture ?

Défaillance de la surveillance


Conclusion
 : Les autorités locales et la société civile attendent des réponses sur le suivi préventif et l'entretien des installations vieillissantes. Le tracé des réseaux ne doit plus rester une information confidentielle.

 

IV. Quantification du déversement : discordance des données

A. Volumes déclarés vs. estimés

Source

Volume déclaré

Observation critique

Total Gabon EP (première déclaration)

1 m³

Significativement sous-évalué

Sources officielles ultérieures

5 m³

Incohérent avec observations de terrain

Calcul théorique sur 5 m³

Surface : 500 m² (50 m × 10 m) à 10 cm d'épaisseur

Géométrie improbable pour une rupture localisée

Estimation H2oGabon (terrain)

150 m³ de sable souillé

Basée sur observations directes et discussions de terrain


Analyse
 : La discordance entre 1 m³, 5 m³ et 150 m³ indique une absence de transparence dans la quantification réelle du déversement. Une expertise indépendante est nécessaire pour établir le volume précis.

 

V. Contexte économique : augmentation de la production et risques

Hypothèse formulée : Total Gabon EP aurait-elle intensifié la production pour capitaliser sur la hausse des cours du pétrole, exposant des installations vieillissantes à des risques accrus ?

Résultat : La rupture a entraîné une perte de production estimée à 1-5 jours au rythme de 16 000 barils/jour, générant des pertes de revenus significatives pour l'État gabonais.

 

VI. Mesures de mitigation et réinstallation

Action rapide documentée : Total Gabon EP a procédé à la réinstallation temporaire de 58 habitants du quartier Côte d'Azur dans un établissement hôtelier local pendant plusieurs jours. Cette mesure, bien qu'opportune, illustre bien la gravité de la pollution.

 

VII. Opacité opérationnelle : lacunes de transparence

Domaines où Total Gabon EP refuse de communiquer :

  1. Architecture du réseau de pipelines (tracés, interconnexions, débits)
  2. Traçabilité des terres excavées (destination, méthodes de traitement, responsable)
  3. Procédures de remédiation (produits appliqués, durée, efficacité)
  4. Chronologie précise de l'incident et des opérations
  5. Analyses environnementales (contamination résiduelle, profondeur d'infiltration)

Conclusion : L'absence de transparence contraste avec la réactivité initiale et perpétue une culture d'opacité institutionnalisée dans la gestion des incidents environnementaux.

Liens presse :

https://www.union.sonapresse.com/fr/port-gentilpollution-58-personnes-de-cote-dazur-deplacees#
https://gabonmediatime.com/port-gentil-58-habitants-du-quartier-cote-dazur-evacues-suite-a-une-fuite-de-4-metres-cubes-de-petrole-brut/
https://www.gabonreview.com/port-gentil-des-familles-evacuees-apres-une-fuite-dhydrocarbures-a-cote-dazur/

 

Analyse critique de l'incident de rupture de pipeline à Port Gentil : Lacunes informationnelles et exigences de transparence

 

I. Contexte général de l'incident

Un incident de rupture de pipeline s'est produit à Port Gentil, entraînant un déversement de brut et nécessitant des opérations de colmatage et de dépollution. Cependant, Total Gabon EP n'a pas fourni les données techniques et chronologiques essentielles permettant une évaluation factuelle des volumes déversés, des délais d'intervention et de l'efficacité réelle des procédures de remédiation environnementale. Cette analyse structure les informations manquantes et les questions sans réponse.

 

II. Paramètres techniques critiques non communiqués

A.      Caractéristiques du pipeline

 

Paramètre

Information requise

Statut

Pression de circulation

Pression (en bar ou PSI) au moment de la rupture

Non communiquée

Capacité volumétrique

Diamètre du pipeline et volume contenu par kilomètre

Non communiquée

Dispositifs de sécurité

Présence de vannes anti-retour ou systèmes de fermeture automatique

Non communiquée

Débit nominal

Débits horaires et journaliers du pipeline

Non communiquée

 

 

B. Volumes résiduels en pipeline

Le brut continuant à s'écouler après la rupture en raison de la pression résiduelle et de la colonne de brut restant en amont et aval, l'estimation précise dépend de :

- Volume total contenu dans le pipeline avant la rupture
- Pression résiduelle après arrêt (dépend des vannes anti-retour)
- Point de rupture exact et longueur des sections en amont/aval
- Durée entre la rupture et l'arrêt complet du pompage

Statut documenté : Aucune donnée quantitative fournie par Total Gabon EP.

III. Chronologie opérationnelle : lacunes temporelles

Question 1 : Heure précise de l'alerte

Fourchette actuelle : 14h30 à 15h00, le 24 février

- Statut : Cette imprécision dans la chronologie est très théorique et en pratique importante pour calculer les volumes écoulés. Le Volume étant calculé grâce au Débit et au Temps, cette imprécision de 30 minutes (voire de beaucoup plus), peut représenter plusieurs centaines de barils comme l’attestent les photos en une de cet article,

Quelles sont les procédures actuelles pour remonter les alertes des habitants vers l’opérateur pétrolier ? Cette procédure transite t’elle par les services de la Ville de Port Gentil, par la Direction locale de l’Environnement de Port Gentil, avant d’être transmise à l’opérateur pétrolier ? Il y a-t-il un numéro d’urgence disponible ?

 

Question 2 : Heure d'arrêt complet du pipeline

- Moment critique pour délimiter la durée totale du déversement
- Essentiellement lié à l'efficacité des procédures d'urgence
- Statut : Non précisé par Total Gabon EP

 

Questions 5-6 : Opérations de colmatage

 

Étape

Données requises

Statut

Début du pompage d'urgence

Heure exacte et débit de pompage

Non fourni

Destination du brut pompé

Localisation et identification des réservoirs

Non fourni

Fin du pompage

Heure précise et volume total récupéré

Non fourni

Pose du collier de colmatage

Heure début et fin ; type et étanchéité du collier

Non fourni

 

 

IV. Évaluation des volumes écoulés : calculs impossibles sans données

 

Méthode de calcul théorique

Pour déterminer le volume total déversé (V_déversé) :

V_déversé = Débit × Temps de fuite non contrôlée

Où :

- Débit = débit nominal du pipeline à l'heure de la rupture (non fourni)
- Temps de fuite non contrôlée = Heure d'alerte → Heure d'arrêt complet (imprécis)

 

Le volume résiduel pompé (V_pompé) dépend de :

- Capacité du pipeline et pression résiduelle
- Durée totale des opérations de pompage (non fournie)
- Efficacité réelle du pompage d'urgence

Conclusion : Aucune quantification fiable ne peut être actuellement être établie.

 

V. Procédures de dépollution : protocoles insuffisamment documentés

 

A. Protection du personnel (Constat initial)

Les photos d'équipes de dépollution et de colmatage révèlent des équipements de protection sommaires. Les problématiques identifiées sont les suivantes :

- Exposition aux vapeurs hydrocarbonées : Le brut et ses émanations volatile (benzène, toluène, xylènes) présentent des risques cancérogènes documentés,

- Absence de protocole sanitaire formalisé : Aucune mention d'équipement de protection respiratoire (masques FFP3/SCBA),

- Absence de protocoles de décontamination personnels : Procédures de change quotidien des tenues, traitement biologique — non documentées.

 

B. Dépollution de la couche superficielle

 

Question

Information requise

Statut

Heure de début

Chronologie exacte des opérations

Non fourni

Quantité de sable superficiel contaminé

Volume en tonnes ou m³ prélevé

Non fourni

Méthode de ramassage

Procédé utilisé (manuel, mécanique)

Non fourni

Profondeur d'excavation

Profondeur atteinte par les opérations de forage/excavation

Non fourni

 

C. Traitement en profondeur

 

Question

Information requise

Statut

Analyse du sable profond

Méthode d'analyse (chromatographie gazeuse ?) et résultats avant recouvrement

Non fourni

Activateurs biologiques/enzymatiques

Types de produits appliqués, dosages, durée de traitement, fabricants

Non fourni

Durée de suivi post-traitement

Période de surveillance environnementale prévue

Non fourni

Traitement du sable contaminé

Localisation de la centrale de traitement, méthodes de remédiation, responsable

Non fourni

 

 

VI. Synthèse des lacunes et implications

 

Responsabilité et redevabilité

L'absence de communication sur ces paramètres essentiels empêche :

1. Vérification indépendante des volumes réels déversés et restitués

2. Évaluation de la qualité des interventions d'urgence (délais, efficacité)

3. Conformité réglementaire aux normes de protection du personnel et de l'environnement

4. Remédiation vérifiable : absence de preuves d'analyse ou de traitement effectif

 

Points de préoccupation majeurs

- Opacité volontaire : Total Gabon EP a choisi de ne pas répondre à ces questions

- Risques sanitaires documentés : équipements insuffisants pour manipuler des hydrocarbures carcinogènes

- Absence de traçabilité environnementale : aucun protocole de suivi post-incident

 

VII. Conclusion

Cet incident aurait dû servir de référence en matière de bonnes pratiques pour les opérateurs pétroliers du Gabon. Au lieu de cela, il exemplifie une défaillance systémique de transparence et de communication de la part de Total Gabon EP et des sous-traitants impliqués.

Nous sommes en attente d'une réaction substantielle et formelle de Total Gabon EP et des entreprises ayant participé aux opérations d’urgence.

 

Article enrichi avec l'aide de l'agent IA Claude Sonnet 4.6 d'Anthropic.

jeudi 5 mars 2026

Pollution pétrolière à Setté Cama

 



Le ROLBG nous a contacté à la suite d’une pollution pétrolière détectée à Setté Cama, qui a été portée à la connaissance de la presse et des principaux ministères concernés au Gabon : ministère de la Mer et de l’économie bleue, ministère du Pétrole et du gaz, ministère de l’Intérieur et ministère des Eaux et Forêts.

Nous sommes consternés qu’à ce jour aucune mission n’ait été missionnée sur le terrain pour :
- déterminer la source de la pollution,
- arrêter la source de la pollution,
- délimiter la zone de la pollution,
- engager les travaux de dépollution dans les règles de l’art et sous surveillance de la société civile.

 

Ce nouvel incident intervient dans une zone touristique, tout comme une précédente alerte que nous avions publiée en 2012 pour une pollution dans le Fernan Vaz. Qui est fautif ?

Faudrait-il que le Président Oligui Nguema se déplace en personne à Setté Cama, haut lieu de tourisme au Gabon, pour que cette situation soit enfin prise en compte ?

Le site de Setté Cama est une zone protégée faisant partie depuis 1986 des zones humides de la convention de Ramsar. Qu’en pensent les riches touristes étrangers qui séjournent dans ces luxueux lodges de l’Ogooué Maritime ? Est-ce l’image que le Gabon veut véhiculer à l’étranger ?






Alerte Setté Cama - ROLBG


mercredi 25 février 2026

Le changement climatique dans la ville de Port Gentil, Interview à Radio Mandji, 24-02-2026

 



Radio Mandji est la radio la plus écoutée de Port Gentil







Suivez cette interview en audio en cliquant sur les fichiers ou en lisant le texte.
Cette interview a été retranscrite avec l’aide Gemini 3 Flash et relue et éditée par une vraie personne.

 

Partie1 (fichier Mp3)


Liz Obone Ondo Oyane, Journaliste à Radio Mandji : Bonjour monsieur, présentez-vous s'il vous plaît.

Henri Michel Auguste : Je me nomme Henri Michel Auguste, Auguste est mon nom de famille. Président fondateur de l'ONG H₂O Gabon, Association pour la Protection de la Nature et de l'Environnement.

Liz Obone Ondo Oyane : D'accord. Aujourd'hui, nous allons parler du changement climatique à Port-Gentil. Nous allons aborder cette question dans tout le sens qu'il faut. Donc, la première question est la suivante : Quel est le principal risque lié au changement climatique pour la ville de Port-Gentil ?

Henri Michel Auguste : Écoute, je pense que d'abord il faut quand même le prendre dans sa globalité. Le Gabon n'est pas responsable de ce qui lui arrive dans le changement climatique. On le sait très bien, ce sont les pays industrialisés. D'ailleurs, on sait qu'il y en a un qui vient d'abroger la charte qu'il avait faite sur le changement climatique — je ne vais pas le citer, mais c'est Monsieur Donald Trump, tout fier de lui.

On sait que des changements climatiques, il y en a eu tout au long de l'existence de la Terre. Ça peut être dû à des catastrophes naturelles comme par exemple, un super volcan qui émet beaucoup de gaz à effet de serre et qui va provoquer ce qu'on appelle un hiver nucléaire. Ça peut être dû à une météorite. Et tout ça, évidemment, chaque fois enclenche une extinction de masse.

Peut-être que notre... le siècle d'avant, le 20e siècle pardon, était peut-être un début de changement climatique naturel. Mais il se trouve que l'industrialisation et l'asservissement de l'humanité aux hydrocarbures, au charbon et au gaz ont fait qu'on a accéléré ce phénomène beaucoup trop vite. Ce qui va provoquer, ce qui est en cours de provoquer une extinction de masse. Et comme disaient certaines personnes que l'on a vues dans les médias, Monsieur Pierre Rabhi ou l'astrophysicien Hubert Reeves, qui disaient : « Si la biodiversité disparaît, l'humanité disparaît ». Malheureusement, c'est lié. Voilà pour le thème général.

Donc, en ce qui concerne Port-Gentil, évidemment on en subit les conséquences même si le Gabon n'est pas responsable de ce qui lui arrive. Même si maintenant, d'après les dernières statistiques, on s'aperçoit que l'Afrique est en équilibre entre production de CO2 et captation du CO2. Il faut bien le savoir alors qu'avant nous étions créditeurs : on produisait plus d'éléments qui permettaient de stocker le CO2, donc la biodiversité, qui permettait justement de limiter cet effet. Mais maintenant, on est en train de rattraper les autres beaucoup plus rapidement qu'il ne le faudrait.

Concernant Port-Gentil, on a plusieurs phénomènes qui se rencontrent. Je vais toujours parler du phénomène de l'homme.

Liz Obone Ondo Oyane : C'est-à-dire ?

Henri Michel Auguste : Les phénomènes anthropiques. Par exemple, on a changé les courants, ce qui est la vérité, en construisant des infrastructures parce qu'on ne savait pas que si on faisait telle chose à tel endroit, on allait changer les courants sous-marins, ce qui provoque de l'érosion. On a coupé des mangroves, on coupe encore des forêts qu'on ne reboise pas tout à fait. Donc tout cela participe au réchauffement climatique et aux conditions climatiques.

La ville de Port-Gentil est peut-être la ville la plus impactée puisque le Gabon est comme une barque et Port-Gentil est à la proue de cette barque. Port-Gentil, je le dis bien, sera la première ville qui disparaîtra au Gabon. Je ne peux pas dire quand, je ne suis pas devin ni Nganga, mais tôt ou tard, il arrivera que Port-Gentil disparaisse. Et ça, c'est la réalité. Il y a l'érosion, il y a la montée des eaux. Et d'ailleurs, à ce sujet, une dernière étude parue d'après un satellite de la NASA dit que la montée des eaux se fait de plus en plus rapidement. C'est la vérité. Avant, ça montait un tout petit peu, alors que là maintenant, ça s'accélère. Ça veut dire qu'on emballe la machine.

Ensuite, il y a un deuxième phénomène à Port-Gentil, c'est le poids de la ville qui n'est pas négligeable. En plus, on est sur du sable avec une couche d'eau pas très loin, ça fait un peu "roulement à billes" et la ville s'enfonce. On a donc un phénomène qui monte (l'eau) et un phénomène qui descend (la terre). Pourquoi on a plus d'inondations à Port-Gentil ? Je viens un peu de l'expliquer. On a une ville qui descend, donc ça fait cuvette. En plus, la pluviométrie est beaucoup plus importante. Les canaux que l'on a faits ne sont plus adaptés. Même si parfois on a l'impression qu'il ne pleut pas trop souvent, quand il pleut, il pleut vraiment, et les canaux ne suffisent plus.

Liz Obone Ondo Oyane : Donc nous pouvons dire que ces inondations sont aussi dues au changement climatique ?

Henri Michel Auguste : Ah, tout à fait ! C'est la même chose. S'y ajoutent un peu les incivilités des individus et des populations, mais je dirais que c'est peut-être une infime partie.

Liz Obone Ondo Oyane : Et la sécheresse alors ?

Henri Michel Auguste : La sécheresse est due à des cycles qui changent. Avant, on n'avait pas de moments comme ceux-là, c'est la vérité. Des canicules, on n'en avait jamais au Gabon. Et là, je vois que depuis plusieurs jours, il fait relativement chaud, même la nuit. Il faut savoir que la chaleur va impacter la santé des populations : premièrement les personnes de mon âge, deuxièmement les nourrissons et les jeunes, et enfin les personnes qui ont des maladies chroniques. Tout cela va devoir être pris en compte par l'État gabonais. Est-ce qu'on est prêt à ça ? Je n'en suis pas sûr.

Ensuite, ça va impacter l'agriculture. Il n'est pas certain que ce qui pousse actuellement au Gabon, on puisse encore le cultiver dans quelques années. Il y a déjà des signes précurseurs. Je vais vous prendre un exemple : j'ai un beau-frère qui a des plantations de bananiers à Bitam. Il m'a dit : « Henri, il y a deux ou trois ans, je plantais mon bananier et un ou deux mois plus tard, il faisait déjà au moins 1m50. Maintenant, ce sont des nains. »

Cela veut bien dire que même la végétation est impactée. Notre alimentation va donc changer dans les années à venir parce que les plantes ne se sentiront plus à l'aise dans notre pays et dans les pays environnants. Car ce n'est pas uniquement nous ou Port-Gentil, c'est malheureusement un phénomène mondial. Et d'après ce que j'ai entendu de la COP, ce n'est pas près de s'arranger, malheureusement.

 

Partie2 (fichier Mp3)

Liz Obone Ondo Oyane : D'accord. Nous allons passer à la deuxième question : Quelle est la principale cause de la vulnérabilité de Port-Gentil face au changement climatique ?

Henri Michel Auguste : Ben, comme je vous l'ai dit, c'est une pointe qui s'avance dans la mer. Il y a un autre fait, comme je dis, il y a le réchauffement climatique qui provoque des intempéries brutales et violentes. Ensuite, la subsidence, le fait que la ville s'enfonce, et ça c'est la vérité. Ensuite, on a coupé des mangroves, on a détruit des courants, et ensuite, il y a aussi un phénomène, c'est qu'on enlève beaucoup de sable dans l'Ogooué.

D'ailleurs, j'ai un ami qui m'a dit qu'il faut qu'on en parle, il y a encore des reprises de sable anarchiques dans la ville. Si on enlève du sable, il faut savoir que Port-Gentil, c'est quelque chose qui s'est constitué pendant des milliers voire des milliers d'années. Ce sont les alluvions qui sont descendues du Haut-Ogooué et du Woleu-Ntem et des autres coins qui ont comblé cette partie et qui ont fait avancer Port-Gentil. Et si on enlève ce sable qui devait arriver, eh ben ça stagne et ça régresse.

Liz Obone Ondo Oyane : D'accord. Quel est l'objectif principal des mesures prises, d'après vous, par les autorités gabonaises pour faire face au changement climatique ?

Henri Michel Auguste : Je serais peut-être un peu méchant, je dirais qu'on n'a pas pris grand-chose malheureusement. Et c'est là le vrai problème. Je pense qu'on ne prend pas assez en compte que le changement climatique, le réchauffement climatique, les intempéries vont s'accélérer et que de plus en plus, on va avoir des soucis.

Dernièrement, là, j'ai fait une émission, je crois que c'était TV+ Africa, où je suis passé en direct, j'ai dit : on a des militaires qui ont du matériel. Pourquoi ne pas les former dans chaque province comme une unité de sécurité civile au cas où demain il y ait un problème ? Faire face à ce genre de chose, ce serait déjà une sécurité d'agir rapidement, parce que bon, vous savez comme moi que quand il y a des inondations et que certains endroits sont submergés, si on ne fait pas vite, il y aura vite des disparus et des morts, hein. Et tout le monde ne sait pas nager dans notre pays, malheureusement.

Liz Obone Ondo Oyane : D'accord. Quel est le rôle de la population dans la lutte contre le changement climatique ? Qu'est-ce que la population peut faire pour lutter contre ce problème de changement climatique dans notre ville ? Nous savons d'abord qu'il y a d'abord l'incivisme des populations qui est d'abord là.

Henri Michel Auguste : Et je pense que surtout, c'est de prendre conscience de ce qui nous arrive et pas de dire : « Bon, hop, ce n’est pas mon problème ». Vous savez, j'ai un vieux sage gabonais un jour qui m'a dit : « Tu sais Henri, pourquoi ici on ne plante pas d'arbres quand on est à un certain âge ? Parce que la personne qui va le planter, il ne va pas en profiter. » Et si on fait la parallèle, on se dit : « Ben oui, bon, ce sera les autres qui s'en chargeront », mais non. C'est nous, ce sont nos générations à nous qui avons provoqué cela. Et je suis dans le lot aussi, même si j'essaie de faire attention.

On essaie de faire attention de limiter, je veux dire, les gaz à effet de serre, les... comment dire, des tas de choses que l'on peut faire au quotidien, en faisant attention. Regardez, je vais vous prendre un exemple. Vous avez remarqué, je suis fumeur. On jette un mégot, un mégot, c'est 500 litres d'eau polluée. Arsenic, plomb, mercure, des tas de produits innommables qui devraient faire arrêter la majorité des fumeurs. Est-ce qu'on en prend conscience ? Faites la route, vous verrez des tas de mégots. Moi les miens, ils sont là, ils sont là. Le seul problème c'est qu'après ça va à la décharge, mais est-ce qu'on les traite ces déchets ?

Ensuite, en parlant justement de la décharge parce que j'aimerais bien y venir dessus. Il y a quelque temps, j'ai été invité par un ami du côté de Tchengué à boire un verre et la nuit était en train de tomber. Comme je fume, je suis sorti du bar. Normal, il faut avoir certaines règles quand même à respecter. Et puis je vois au fond, je regarde comme ça, et puis j'interpelle deux petits jeunes qui passaient. « Les jeunes, mais c'est quoi là-bas qui brûle ? » « Ah mais monsieur, c'est la décharge. » J'ai dit : « Arrêtez ! Vous me racontez des histoires ! » « Mais non, c'est tous les jours comme ça, ça brûle en permanence. » Vous savez que le fait de brûler une décharge, ce sont des toxines en permanence, et la majorité du vent, il vient vers Port-Gentil. Donc ça veut dire qu'indirectement aussi, ça nous intoxique.

Liz Obone Ondo Oyane : Tout ce qu'on respire...

Henri Michel Auguste : Vous savez tout ce qu'on respire, je vais vous dire : les fumées toxiques, les fumées des gaz d'échappement — parce que ça il faudrait un peu contrôler quand même, quand on voit certains véhicules, pas mal de véhicules circuler, ils devraient être interdits. Ensuite après, il y a ce que l'on pourrait dire, les microplastiques, les nanoplastiques, les sachets plastiques qu'on nous vend actuellement. Vous voyez, c'est écrit en gros : "biodégradables". Biodégradables ? Non ! Ça n'existe pas. C'est faux. Ce sont les anciens qui sont revenus avec juste la mention biodégradable. Les sacs... parce que je disais à un moment donné, je disais : « Mais pourquoi vous ne laissez pas les vieux plastiques ? » L'avantage c'est qu'un vieux plastique on peut le récupérer. Ceux-là non, au bout de deux-trois mois, ils se fragmentent en de plus en plus petits morceaux que l'on respire.

Liz Obone Ondo Oyane : Que l'on respire.

 

Partie3 (fichier Mp3)

Liz Obone Ondo Oyane : Vous, en tant qu'acteur de l'environnement, qu'est-ce que vous proposez pour lutter contre le changement climatique à Port-Gentil ?

Henri Michel Auguste : Pour Port-Gentil à notre échelle, ce n'est malheureusement pas qu'à Port-Gentil qu'il faut lutter, c'est sur l'ensemble du globe. Et est-ce que les bonnes décisions sont prises ? Je suis dubitatif. Mais bon, ce que l'on peut faire, c'est quand même déjà envisager — sachant que Port-Gentil va disparaître — qu'est-ce qu'on fait de cette ville ? D'abord, elle pèse combien cette ville ? En milliards... 1 000 milliards, 2 000 milliards ?

Liz Obone Ondo Oyane : On peut avoir des chiffres ?

Henri Michel Auguste : Très compliqué à avoir, je vais vous dire honnêtement, parce qu'on n'aime pas, surtout dans ce genre de chose, on n'aime pas trop parler de chiffres. 2 000 milliards, 3 000 milliards ? Ça produit combien en argent ? Parce qu'il y a la production, ça fait rentrer dans les caisses combien ? Est-ce que ça vaut le coup de laisser faire et d'abandonner ?

Moi j'ai fait déjà trois propositions. Il y en a deux qui seraient justes et équitables, une qui serait envisageable mais c'est impossible de tenir dans la durée. La première, ce serait, comme l'ont fait certains pays, de déplacer la ville petit à petit sur l'eau. Comme ça, on résoudrait le problème de l'eau.

Liz Obone Ondo Oyane : D'accord. Pour parler un peu du cas des inondations, que faut-il faire pour que la ville, la majorité des quartiers ne s'inondent plus ? Est-ce qu'il faut surveiller les canalisations ? Est-ce qu'il faut des canalisations ? Qu'est-ce qu'il faut exactement ?

Henri Michel Auguste : Ce qu'il faudrait, c'est déjà les adapter à ce qui nous arrive.

Liz Obone Ondo Oyane : C'est-à-dire ?

Henri Michel Auguste : Agrandir, approfondir en profondeur, les curer régulièrement. Parce que quand vous regardez les canaux, il y a de tout là-dedans : du sable, des chariots, des mobylettes, des vélos, des bouteilles plastiques, tout ce que vous voulez. Ça n'empêche indirectement l'eau de s'évacuer quand elle doit s'évacuer. Je n'ai pas dit que c'est le seul phénomène, mais si on adaptait peut-être, peut-être que l'on arriverait un peu à juguler toutes ces inondations.

Et les conséquences à la suite de cela, ça permettrait peut-être de freiner un peu ce qui nous arrive. Donc je vous disais : soit on passe sur l'eau, ce qui serait une solution. Deuxième chose, c'est de faire reculer la ville de Port-Gentil de 15 km vers l'intérieur des terres. Il faut abandonner le trait de côte. Et d'ailleurs, je suis sûr que si on commençait, si on avait, il y a une vingtaine d'années, la superficie exacte du Gabon, ben je suis sûr qu'elle a déjà rétréci du fait du trait de côte qui recule partout — parce qu'il ne faut pas oublier, on a 800 km quand même de côtes, ce n'est pas un petit peu !

Donc il faut reculer la ville. Première solution, c'est la moins chère parmi les plus chères. Deuxième solution, ce serait l'intermédiaire. Troisième solution, ce serait de se battre, mais ça c'est "ad vitam aeternam" et c'est inenvisageable.

Il y a des financements pour ça. Regardez Jakarta : 5 à 10 millions d'habitants. Ils ont déplacé la ville au fur et à mesure, ils la déplacent depuis 15 ans à 50 km à l'intérieur des terres. Financé par qui ? Banque Mondiale, Fonds Mondial pour l'Environnement... C'est financé ! Parce qu'on sait qu'il y a des villes qui pèsent, qui représentent un sacré poids au niveau production, au niveau économique. Et si on ne fait rien... Port-Gentil, je crois qu'au niveau économique on est quand même bien placé, hein.

Liz Obone Ondo Oyane : D'accord. Votre mot de fin par rapport à ce sujet ?

Henri Michel Auguste : Ce que j'aimerais bien, c'est que pour une fois on nous écoute. Je n'ai pas dit "qu'on m'écoute", j'ai dit "qu'on nous écoute". Nous sommes la voix de la raison, de la sagesse — parce que je peux parler de sagesse puisque je peux le dire, j'ai 66 ans, un tout petit peu plus vieux que l'indépendance. J'ai des enfants, j'ai une maison. Demain je ne voudrais pas qu'ils soient obligés de plonger pour venir observer leur maison ou rendre visite à leurs ancêtres. Mes parents sont enterrés au cimetière à côté de l'ancienne agence des télécommunications...

Liz Obone Ondo Oyane : Gabon Télécom ?

Henri Michel Auguste : Voilà. Et j'en ai d'autres qui sont enterrés au cimetière de Nazareth. Donc, parce que tout ça, on en fait quoi ? On le jette à la poubelle ? Je crois que nos ancêtres, ils ne vont pas apprécier. Donc je pense qu'il faut prendre en compte, décider ce que l'on va faire, faire des comités qui permettent de faire des propositions, de voir après avec l'État quelles seraient les possibilités de financement auprès des organismes internationaux financiers. Mais pour ça, il faut un dossier qui tienne la route. Ce n'est pas juste deux feuilles et dire "on a besoin d'argent pour...", non. C'est quelque chose, dire : voilà, cette ville elle représente tel poids pour nous au niveau économique, c'est quand même peut-être la première ville.

Liz Obone Ondo Oyane : D'accord. Merci monsieur Auguste.

Henri Michel Auguste : De rien, c'est moi qui vous remercie pour l'interview et je vous souhaite une bonne journée.


Pour aller plus loin :
Gabon, la menace climatique : l'érosion risque de faire disparaître Port Gentil • FRANCE 24 : Signez notre pétition !


vendredi 30 janvier 2026

Les emballages oxo-dégradables : une fraude écologique et économique à grande échelle en Afrique






Contexte législatif et historique

L'interdiction des plastiques à usage unique est entrée en vigueur au Gabon le 23 septembre 2025, en application de l'article 5 de l'ordonnance n°0012/PR/2024 du 26 février 2024, ratifiée par la loi n°009/2024 du 5 août 2024.

Cette mesure nécessaire intervient près de quinze ans après une première tentative initiée en mars 2010 à Port-Gentil par l'ancien Président Ali Bongo Ondimba. À l'époque, bien que nous ayons salué cette initiative et alerté le Chef de l'État sur les enjeux, l'influence des lobbies de fabricants d'additifs avait entravé son application effective.

Référence historique : 

Lettre ouverte à M. Ali Bongo Ondimba (H2O Gabon)

 

Il aura fallu une décennie et demie pour que l'État parvienne à imposer cette réglementation face à des intérêts privés puissants.

La fraude des plastiques oxo-dégradables

Depuis quinze ans, certains industriels commercialisent des plastiques dits « oxo-dégradables » en les présentant faussement comme biodégradables. Cette pratique constitue une fraude avérée, la biodégradabilité étant strictement encadrée par la norme EN 13432.

La dangerosité et l'inefficacité écologique de ces matériaux ont conduit à leur interdiction stricte :

  • En France : Interdits depuis 2015, la France étant précurseur sur ce sujet.

Source gouvernementale : 

Questions-réponses sur les emballages oxo-fragmentables (Ministère de l'Écologie)

 

  • En Europe : Interdits depuis 2019.
  • Confirmation juridique : Le Tribunal de l’Union Européenne a confirmé cette interdiction le 31 janvier 2024, en rejetant les recours des fabricants d'adjuvants.

Source juridique : 

Plastique oxodégradable : le Tribunal de l'UE valide l'interdiction (Actu-Environnement)

 

Carences législatives et impact environnemental

Les législations africaines auraient dû imposer la norme EN 13432 et les certifications TÜV Austria ou DIN CERTCO (labels OK Compost). En omettant ces précisions, les législateurs ont laissé le champ libre aux produits oxo-dégradables, souvent préférés car moins coûteux que les véritables bioplastiques compostables.

Ces plastiques oxo-dégradables contiennent des métaux lourds et se fragmentent en microparticules, polluant gravement l'environnement marin et terrestre au lieu de se biodégrader.

Source scientifique : 

Les plastiques oxo à la poubelle (Expédition MED)

 

Situation au Gabon : une double escroquerie

Au Gabon, une double fraude a été constatée : des sachets oxo-dégradables sont étiquetés abusivement « oxo-biodégradables ». Nous alertions déjà sur ces dérives dès 2013.

Archive H2O Gabon : 

Droit de réponse (Juin 2013)

 

Enjeux économiques et appel au Président de la République

Compte tenu des volumes de consommation, la filière des plastiques oxo-dégradables génère probablement entre 24 et 36 milliards de FCFA par an au Gabon.

Nous appelons respectueusement le Président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguéma, à ne pas céder aux pressions de ces lobbies. La transition vers de véritables emballages biodégradables et compostables est impérative pour la santé publique, l'environnement et l'image du Gabon en tant que leader écologique sous-régional. C’est un pas en avant pour favoriser l'économie du Tourisme local et international.